Le 28 février, les États-Unis et Israël ont lancé une guerre impérialiste non provoquée contre l’Iran. La veille encore, les laquais de Trump négociaient avec les Iraniens au sujet du programme nucléaire. Le lendemain, des dizaines de hauts responsables iraniens gisaient morts sous les décombres. Ce faisant, Trump dévoile l’objectif des États-Unis : pas de compromis et de demi-mesure, mais la domination impérialiste totale sur l’Iran — comme avec le Venezuela.

L’Iran s’est historiquement opposé à la domination des États-Unis sur la région. Les défaites américaines, notamment en Irak, l’ont renforcé. Il est ainsi devenu le principal adversaire d’Israël, l’avant-poste extérieur le plus important des États-Unis. Dans le contexte du déclin de l’impérialisme américain, de son affaiblissement dans la région et de la montée des concurrents chinois et russes, l’Iran est devenu pour les États-Unis une épine de plus en plus douloureuse. Il devait être affaibli ou détruit. Après les protestations en Iran et la soumission du Venezuela, Netanyahou, Trump et sa bande à la Maison-Blanche ont flairé une opportunité. Ils étaient convaincus qu’ils pourraient liquider les mollahs aussi rapidement que Maduro au Venezuela. Ce plan s’est retourné contre eux de manière spectaculaire.

La position communiste

Les communistes révolutionnaires condamnent avec la plus grande fermeté cette campagne impérialiste des États-Unis et d’Israël. Cela signifie que nous défendons l’Iran sans condition contre la puissance la plus réactionnaire de cette planète, les États-Unis.

Du point de vue de la classe ouvrière et des opprimés du monde entier, une défaite des États-Unis et d’Israël serait la meilleure issue. Cela signifie un retrait des deux puissances, sans qu’elles puissent imposer leur diktat impérialiste à l’Iran. Cette issue, qui devient de plus en plus probable, constituerait une humiliation historique pour l’impérialisme américain et tous ses alliés. Cela renforcerait en retour la lutte contre la domination impérialiste dans le monde entier. Ce serait un soutien pour Cuba, le Venezuela et la Palestine.

Cela ne signifie pas que nous nourrissons la moindre sympathie pour le régime iranien. Nous sommes pour le renversement de ce gouvernement théocratique et contre-révolutionnaire. Mais cela est la tâche de la classe ouvrière iranienne et ne peut être accompli que par elle. Un renversement du régime issu de l’attaque américaine aurait des conséquences catastrophiques. Les changements de régime sponsorisés par les États-Unis laissent à chaque fois un bain de sang derrière eux. L’Afghanistan, l’Irak, la Libye et bien d’autres en témoignent.

Tous les impérialistes occidentaux sont des hypocrites lorsqu’ils prétendent avoir fait quoi que ce soit dans l’intérêt du peuple iranien. Des décennies de sanctions occidentales le prouvent : elles n’ont aucunement fait saigner les mollahs, mais le peuple iranien.

La plupart des Iraniens n’ont aucune confiance dans leur régime. Mais ils haïssent encore davantage l’impérialisme américain — ce qui constitue une leçon correcte tirée de l’histoire du pays. Il n’est donc pas surprenant que ces bombardements cruels aient à nouveau rassemblé les masses iraniennes derrière leur gouvernement. Loin d’affaiblir le régime, les attaques l’ont renforcé !

Le Conseil fédéral se soumet à Trump

La classe dominante suisse se tient du côté de l’impérialisme américain. C’est le conseiller national UDC Imark qui l’exprime le plus directement : « On peut s’estimer reconnaissant que ce sale boulot soit fait par quelqu’un ! » La majorité des bourgeois est moins honnête que ça et se cache derrière la façade creuse de la neutralité ou en appelle au droit international et à l’ONU. C’est une pure hypocrisie. Ni le droit international ni l’ONU n’ont jamais empêché une guerre allant à l’encontre des intérêts des grandes puissances. Et depuis — au plus tard — le génocide à Gaza, tout le monde sait à quel point Israël est soucieux du droit international.

L’impérialisme des États-Unis et des sionistes est historiquement impopulaire. Le terrain serait ouvert à des manifestations contre les atrocités impérialistes. Pourquoi les organisations de la classe ouvrière ne mobilisent-elles pas ? La raison réside dans la confusion absolue de la gauche, incapable de défendre les intérêts et les tâches de la classe ouvrière dans ce conflit.

« Si je le savais ! » La direction du PS entretient des illusions dans l’impérialisme

La responsabilité principale incombe au PS, le seul parti de masse des travailleurs. Sa direction entretient des illusions selon lesquelles des interventions américaines pourraient apporter un quelconque changement positif pour la population iranienne. Samira Marti déclare : « Que l’espoir [des Iraniens en un changement de régime] soit finalement réalisé, voilà le grand point décisif ». Pourtant, même Trump et le ministre de la guerre Hegseth ne tentent pas de présenter leur guerre comme une guerre pour la démocratie. Ils déclarent ouvertement que l’ère des « guerres politiquement correctes » est terminée et qu’il s’agit exclusivement de protéger les intérêts américains.

Marti va encore plus loin et critique directement les « forces de gauche qui manifestent avec le slogan “Hands Off Iran” », parce qu’il serait absurde de qualifier l’Iran d’anti-impérialiste. Cette position renverse la réalité : elle place le régime le plus réactionnaire du monde (les États-Unis) sur le même plan que l’Iran. C’est fondamentalement faux. L’Iran n’est pas une grande puissance impérialiste comme les États-Unis. C’est un pays semi-opprimé, dépendant de l’impérialisme. Oui, le gouvernement est une dictature autoritaire et islamiste. Mais cela ne change rien au rapport de forces impérialiste entre les deux pays.

Deux ans et demi après le début du génocide à Gaza, les idéologues impérialistes tentent à nouveau de diaboliser toute opposition à une guerre impérialiste. Celui qui s’élève contre soutiendrait le « régime sanguinaire des mollahs iraniens » (UDC-Imark). Nous n’attendons rien d’autre de ces hypocrites. Mais en cédant à cette pression bourgeoise, la direction du PS finit dans une passivité totale. La conseillère nationale PS Sarah Wyss l’exprime — si on peut dire — à la perfection : à la question de savoir comment nous pouvons aider le peuple iranien, elle répond : « Si je le savais, je ne serais pas ici, mais je le ferais directement. »

L’issue de cette guerre ne peut pas nous laisser indifférents

De nombreux jeunes, passés par l’école du mouvement de solidarité avec la Palestine, en arrivent à la conclusion que dans ce conflit, nous ne pouvons soutenir aucun des participants. Ni l’impérialisme américain ni sa marionnette, le shah, mais pas non plus le régime islamique en Iran. Ils se sentent attirés par le slogan des réformistes de gauche qui scandent « Ni USA, ni shah, ni mollahs ».

Le problème est que cette position du « ni-ni » — même si elle se distancie explicitement de l’impérialisme américain — commet la même erreur que le PS. Nous ne devons pas nous laisser acculer par les cris hystériques « Hamas ! Mollahs ! » des laquais de l’impérialisme américain. Celui qui classe les régimes entre bons et mauvais à l’aide d’une liste morale superficielle méconnaît le rapport de forces impérialiste fondamental. Celui qui veut venir en aide à la classe ouvrière iranienne ne peut pas être indifférent à la question de qui va gagner cette guerre !

Une victoire des États-Unis renforcerait l’emprise étouffante de l’impérialisme sur toute la région, y compris sur la classe ouvrière iranienne. C’est la raison pour laquelle nous nous y opposons, et ce n’est pas équivalent à un soutien aux islamistes.

La plus grande aide que nous pouvons apporter au peuple iranien depuis l’Occident consiste à engager la lutte contre nos propres impérialistes. Ils couvrent et financent le terrorisme de l’impérialisme américain en Iran, à Gaza et partout dans le monde. Le sort des mollahs devra être réglé par la classe ouvrière iranienne elle-même. Nous pouvons la soutenir en la protégeant des impérialistes.

Certains militants poussent cette logique trop loin, même avec de bonnes intentions. Ils soutiennent le Hezbollah, « l’Axe de la résistance » ou le régime iranien, dans l’espoir que leurs méthodes puissent faire tomber l’impérialisme américain. Il est vrai que ces forces ont opposé une résistance à l’impérialisme ces dernières années. Mais tout comme les dignitaires du régime iranien, ils agissent ainsi parce que l’impérialisme américain leur refuse leur place dans la hiérarchie mondiale de l’exploitation et du profit. Ce n’est pas un hasard si les négociateurs iraniens, lors des négociations nucléaires abruptements stoppées, avaient promis aux impérialistes américains une « manne économique » s’ils travaillaient sur leurs « intérêts communs dans les domaines du pétrole et du gaz ». Cela inclut aussi l’exploitation commune de la classe ouvrière iranienne.

L’Internationale communiste révolutionnaire défend dans le monde entier un programme révolutionnaire : contre l’exploitation et l’oppression, pour l’expropriation de la bourgeoisie, pour le contrôle démocratique de la classe ouvrière sur l’ensemble des richesses de la société, pour une planification rationnelle de l’économie. Il n’y a pas d’issue à la guerre, à la souffrance et à l’impérialisme, autrement que par le renversement du capitalisme.

  • Bas les pattes de l’Iran !
  • À bas l’impérialisme américain !
  • Pour une fédération socialiste du Moyen et du Proche-Orient !

Contenu du ☭ Communiste ☭ n°  20

Offensive impérialiste contre l’Iran

  • Éditorial (p. 2-3) : Nous sommes pour une défaite de l’impérialisme américano-israélien. Les mollahs doivent être renversés par les Iraniens. Nous les aidons en combattant notre propre impérialisme. Nous répondons ensuite aux différentes positions au sein de la gauche : 1) celles qui considèrent que le régime iranien et l’impérialisme américain sont tout aussi mauvais (voire pires) ; 2) celles qui condamnent simplement toutes les parties ; 3) celles qui se font des illusions sur l’anti-impérialisme du régime iranien et de ses alliés. Ces positions montrent que les gens recherchent une position indépendante. Nous pouvons leur offrir cette position prolétarienne, car nous comprenons le rapport de forces impérialiste.
  • Approfondissement I (p. 14-15) : Trump appelle cette campagne impérialiste « Epic Fury », mais « Epic Fail » serait plus approprié. Nous publions ici la dernière analyse de l’Internationale.
  • Approfondissement II (p. 16-17) : Derrière cette guerre, et une fois qu’elle sera terminée, le déclin de l’impérialisme américain se manifestera avec force. Et celui-ci s’accélérera à nouveau ! À ce sujet, nous publions l’analyse de nos camarades américains « Year one of the Donroe Doctrine ».

Sans issue du capitalisme Suisse

  • Focus Suisse (p. 4-5) : Sur la question de l’UE, une première fracture au sein de la classe dirigeante s’accentue. Parallèlement, la situation de la classe ouvrière se détériore. L’UDC surfe sur cette vague avec son initiative « Suisse à 10 millions d’habitants ». Nous publions une partie de la proposition de « Suisse Perspective » sur cette question, qui constituera le principal enjeu politique au cours des prochains mois. Notre position se distingue de celle du camp bourgeois opposé à l’initiative (contrairement au PS), mais aussi d’autres courants de gauche qui voient dans l’écho suscité par cette initiative une nouvelle preuve d’un glissement vers la droite des travailleurs et croient sincèrement que les personnes sympathisant avec cette initiative seraient « d’extrême droite »… Seule la lutte des classes peut vaincre la lutte culturelle !
  • Analyse de la crise du système de santé (p. 8-9) : Le système de santé capitaliste est mortelle.
  • Grève des compagnies de bus de Winterthur (p. 6).
  • Ce qu’en pensent mes collègues d’une caisse d’assurance maladie (p. 7).
  • Comment rallier les travailleurs de droite à la politique de classe : un exemple à Genève (p. 7)

Histoire & Théorie

  • France, 1936 : crise économique, polarisation, effondrement du centre politique – La classe ouvrière était prête à aller plus loin ! Mais ses partis l’ont freinée, notamment avec le Front populaire. Quelles leçons en tirons-nous ?
  • Culture (p. 12) : À propos du livre « guerre et guerre » de László Krasznahorkai, lauréat du prix Nobel de littérature de l’année dernière.
  • Science (p. 13) : Les nouvelles découvertes issues de la recherche sur le Covid long sont sabotées par l’industrie pharmaceutique. 

Consolidation du parti

  • Entretien (p. 18) avec un camarade du RKP Allemagne sur la grève des élèves contre le service militaire obligatoire et le rôle des communistes.
  • Compte-rendus (p. 19) d’une école théorique à Genève et du congrès du RKP Autriche.
  • Manifestations du 8 mars (p. 20) : le slogan « Renversons la classe d’Epstein ! » est dans l’air du temps.