Le 14 juin aura lieu le vote sur l’initiative des 10 millions de l’UDC. Les communistes s’opposent fermement à cette initiative – mais pour des raisons totalement différentes de celles de tous (!) les partis et associations patronales. Toute personne qui souhaite lutter sérieusement contre l’UDC et son initiative a besoin d’une position de classe indépendante ; celle de la classe ouvrière.
L’UDC est le seul parti qui progresse dans les sondages et qui se trouve, selon le Tagesanzeiger, à la veille d’un « record historique ». Il est absolument essentiel de comprendre les raisons de ce phénomène. Cela ne relève pas d’un prétendu « glissement international vers la droite » : cela ne s’explique certainement pas par une « population stupide et raciste » ! C’est une question de classe, qui exige une réponse de classe.
Tous les sondages montrent que les raisons principales d’un soutien à l’initiative résident dans la crise des salaires et du coût de la vie. Les coûts de la santé et les primes d’assurance-maladie dominent très largement (68 %), loin devant les coûts du logement (18 %). Peut-on vraiment s’en étonner ? C’est le résultat direct du transfert de la crise capitaliste sur les travailleurs. Tandis que les riches deviennent toujours plus riches, une personne sur deux en Suisse peine déjà simplement à boucler la fin du mois et à mettre un peu d’argent de côté. Les salaires stagnent, tandis que les primes d’assurance-maladie et les loyers explosent.
Sur ces questions, le mécontentement grandit dans toute la classe ouvrière. Le coût de la vie et le pouvoir d’achat apparaissent, quel que soit le camp politique, comme les problèmes les plus urgents. 90 % de la population redoute de devoir chercher un nouveau logement — en ville comme à la campagne. Le ressentiment face à la crise du coût de la vie s’accompagne d’une perte de confiance dans les élites et dans les institutions bourgeoises responsables des attaques. Aujourd’hui, en matière de méfiance exprimée dans la société, c’est les médias et les partis politiques dans leur ensemble qui remportent la palme. Ce phénomène possède un caractère profondément progressiste.
Cela devrait être une aubaine pour tout parti de gauche ou syndicat. Le capitalisme est dans une impasse totale, la classe ouvrière commence à le sentir et aspire à des réponses et à une alternative. Mais à l’échelle des masses, c’est le vide le plus total : aucune opposition à leur système. Les directions du PS et des syndicats se sont arrangées avec les bourgeois et sont donc incapables de donner une expression de lutte des classes au mécontentement.
L’UDC s’appuie délibérément sur ce mécontentement au sein de la classe ouvrière. Le succès de l’UDC a toujours reposé sur sa capacité à se présenter démagogiquement comme le parti de « ceux qui bossent » et des « petites gens » contre « l’élite politique ». Mais jamais auparavant elle n’avait repris de manière aussi directe et aussi large l’ensemble des problèmes urgents de la classe ouvrière. Au lieu d’accuser le capitalisme et les riches, elle rend la migration responsable et dirige le mécontentement contre l’ « establishment » politique, totalement coupé de la réalité de la classe ouvrière. Citons longuement un texte de campagne de l’UDC :
« La population suisse souffre d’une immigration démesurée. À quel point nos politiciens à Berne sont-ils coupés de la réalité ? Ces politiciens hors sol se font payer leur AG de 1ère classe par les contribuables. Dans ces conditions, ils ne voient évidemment rien de ce qui se passe dans les transports publics. De nombreux salariés suisses passent chaque jour des heures dans les embouteillages. Rien d’étonnant avec une telle explosion démographique. Et où se trouvent ces politiciens hors sol ? Au Palais fédéral et en télétravail. L’immigration massive fait monter les loyers. Les politiciens déconnectés possèdent leur logement et n’ont pas besoin de trouver un appartement abordable comme tant de Suisses ordinaires. Ils sont aussi largement épargnés par la pression sur les salaires et la baisse du pouvoir d’achat. Ces politiciens ne sont manifestement pas entrés dans une école depuis longtemps. Sinon, ils sauraient à quel point les écoles sont débordées par le nombre d’enfants de langue étrangère. »
Voilà un catalogue complet des principaux problèmes de la classe ouvrière dans la phase actuelle de déclin capitaliste, combiné à une dénonciation acerbe d’un establishment déconnecté — et à une bonne dose de racisme répugnant. Il ne fait guère de doute que l’UDC a bien mieux compris la situation et l’état d’esprit d’une large partie de la classe ouvrière que les directions des organisations de masse de gauche. Elle tente de capter la haine croissante contre les élites et de se présenter comme le seul parti anti-establishment — alors même qu’elle est depuis trente ans le principal parti de la bourgeoisie et qu’elle est entièrement intégrée à l’ensemble de cet establishment ! L’UDC incarne les plus grands hypocrites et les plus grands menteurs.
La seule raison pour laquelle cette manœuvre réactionnaire peut fonctionner auprès d’une partie significative de la classe ouvrière réside dans l’échec total des organisations de masse de gauche à fournir de véritables explications et solutions à la crise du capitalisme. Celui qui ne comprend pas cela ne peut pas comprendre la situation politique actuelle dans son ensemble et sera incapable de combattre le racisme de l’UDC.
Les communistes sont fermement opposés à cette initiative et à l’UDC en général. Premièrement, parce qu’elle détourne le mécontentement réel et progressiste de la classe ouvrière vers une fausse cible : elle l’éloigne de la lutte de classe contre les capitalistes pour l’orienter vers la lutte contre les immigrés. Deuxièmement, parce qu’elle divise la classe ouvrière selon les nationalités et en attaque directement une partie afin de la priver de droits et de faciliter son exploitation. Aucun travailleur n’en tirera le moindre bénéfices. Les seuls à y gagner seront quelques capitalistes immensément riches. Dans la lutte contre l’UDC, la classe ouvrière a besoin d’une position de classe indépendante. Elle a des intérêts directement opposés — et aucun intérêt commun — avec la bourgeoisie libérale.
La bourgeoisie libérale autour du PLR et de l’organisation patronale Economiesuisse agite désespérément la menace du « chaos » que provoquerait cette initiative « radicale ». Elle craint, comme nous l’avons expliqué ailleurs, les conséquences pour l’économie et pour les relations avec l’Union européenne. Mais elle n’a, elle aussi, absolument rien à offrir à la classe ouvrière. Elle lui dit : « La migration vous profite pourtant, car elle favorise la croissance économique et la prospérité ! » Mais la classe ouvrière n’en voit pas la couleur. Elle connaît ses propres problèmes. Et parce que les libéraux sentent bien que cet argument ne convainc pas, ils reprennent eux-mêmes le racisme de l’UDC en exigeant une « application plus stricte du droit d’asile ». Non, ces libéraux ne sont pas des amis de la classe ouvrière ni des alliés dans la lutte contre l’UDC et son racisme. Au contraire : ce sont eux qui, par leurs attaques répétées depuis des années, ont rendu le statu quo intenable pour une grande partie de la classe ouvrière.
De manière scandaleuse, les directions réformistes du PS et de l’USS se sont alliées précisément avec ce PLR et cette Economiesuisse dans un front populaire de collaboration de classe. Cela ne fera que renforcer l’UDC : le PS se lie encore davantage à un establishment détesté et permet à l’UDC de se présenter comme la seule alternative. Le PS s’est subordonné à la bourgeoisie libérale et a repris l’ensemble de sa ligne argumentative. Voici la première (!) objection contre l’initiative que le président du PS, Cédric Wermuth, avance dans le podcast du PS : celle-ci serait trop « extrême ». Mais si les travailleurs votent pour l’initiative de l’UDC, ce sera précisément parce qu’ils comprennent que la situation est extrême et exige des réponses radicales.
Wermuth affirme : « L’initiative repose sur une prémisse fondamentalement fausse. La réalité est la suivante : nous cherchons déjà désespérément de la main-d’œuvre. » Mais qui est ce « nous » ? Est-ce que l’infirmière ou l’ouvrier métallurgiste cherchent de la main-d’œuvre ? C’est une gifle pour tous les travailleurs qui souffrent de la crise et cherchent une issue. La question n’est pas de savoir si la migration est bonne ou mauvaise. La question n’est pas de savoir si les accords bilatéraux sont bons ou mauvais. La question est la suivante : quelles sont vraiment les causes des problèmes réels de la classe ouvrière que l’UDC instrumentalise démagogiquement, pourquoi la réponse de l’UDC est fausse, et comment résoudre réellement ces problèmes.
Sans de telles réponses portées à l’échelle de masse, l’initiative continuera de diviser la classe ouvrière en deux camps. D’un côté, ceux qui sont à juste titre indignés par le racisme et la politique de bouc émissaire de l’UDC ; de l’autre, ceux qui sont à juste titre indignés par la crise du coût de la vie et le caractère déconnecté des « élites », et qui cherchent une solution, quelle qu’elle soit.
Une position de classe prolétarienne aurait le potentiel de dépasser cette division. Elle pourrait commencer à unir toute la classe ouvrière sur la base de son intérêt objectif commun. Les communistes disent aux travailleurs :
« Les problèmes que l’UDC évoque sont réels. Nous avons urgemment besoin d’une solution à la crise du coût de la vie et d’une rupture avec le statu quo ! L’UDC te dit que l’immigration massive est la cause de ces problèmes et que tout irait mieux si nous limitions simplement l’immigration. Mais qui fait pression sur nos salaires ? Qui nous met à la rue lorsque les profits des entreprises s’effondrent ou lorsque nous devenons trop vieux pour elles ? Qui possède les immeubles et les entreprises de construction qui font grimper nos loyers ? Où va l’argent de nos primes d’assurance-maladie ? Qui empoche les profits gigantesques des médicaments hors de prix ? Ce sont les grands actionnaires et les PDG des grandes entreprises, de la pharmacie et des banques ! Les capitalistes ultra-riches vivent dans le luxe, tandis que la classe ouvrière qui fait fonctionner ce pays chaque jour ne sait plus comment payer ses factures ! Aucun de ces problèmes ne disparaîtra en limitant la migration ; l’UDC essaie simplement de t’utiliser. Elle fait elle-même partie de cette élite politique qu’elle prétend combattre ! Ce sont eux qui, depuis des années, défendent les banques et les profits des grandes entreprises. Ce sont eux qui détruisent le plus agressivement notre système de santé et notre système éducatif ! »
« Mais il existe une véritable solution. Sa logique est simple, mais c’est une solution qui exige un effort immense de notre part, car nos adversaires sont puissants ! Nous avons besoin de bons salaires, d’éducation, de santé, de logements, etc. Il n’existe aucun manque objectif : les connaissances, les matières premières, la force de travail — tout est là. Mais aujourd’hui, toute l’économie est contrôlée par les capitalistes qui possèdent les entreprises. Pouvons-nous encore nous permettre que cette minuscule minorité de capitalistes fasse passer ses privilèges avant les intérêts de la classe ouvrière ? Nous devons nous organiser dans chaque entreprise et dans chaque quartier pour renverser ces parasites. Nous devons exproprier les banques et les grandes entreprises et placer enfin l’économie sous le contrôle démocratique de ceux qui créent chaque jour la richesse ! Pour cela, il faut l’unité des travailleurs — hommes ou femmes, migrants ou Suisses, jeunes ou vieux — nous ne pourrons gagner qu’en luttant ensemble pour nos intérêts communs. »
Sur la base d’une opposition fondamentale à l’ensemble du capitalisme et à l’establishment détesté, un véritable parti de masse de la classe ouvrière pourrait œuvrer à une large mobilisation et amener la classe ouvrière elle-même à prendre ses responsabilités. Nous sommes convaincus qu’une telle approche susciterait enthousiasme et espoir parmi les couches les plus avancées de la jeunesse et de la classe ouvrière, et qu’elle finirait progressivement par gagner les autres. Mais un tel parti de masse de la classe ouvrière n’existe pas aujourd’hui. Le PCR possède les idées, la compréhension de l’époque et le programme. Mais à ce jour, nous sommes encore trop petits. Nous devons urgemment grandir et construire les forces du communisme. Le potentiel pour y parvenir n’a jamais été aussi grand depuis des décennies.
Amérique du nord — de Revolutionary Communists of America — 20. 03. 2026