Les loyers, les primes d’assurance maladie et le coût de la vie sont déjà suffisamment élevés. Et voilà que le Conseil fédéral veut nous faire payer encore plus. À partir de 2028, la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) devrait augmenter de 0,8 point de pourcentage. L’argent de notre porte-monnaie servira à financer l’armement militaire, et cela est inacceptable.
Deux tiers de la population rejettent cette proposition scandaleuse, comme le montre un sondage de l’institut Sotomo. Plus le revenu des personnes interrogées est faible, plus le rejet est fort. La classe ouvrière suisse n’apprécie ni les moyens ni la fin. Elle refuse catégoriquement toute augmentation de la TVA, même pour financer la 13e rente AVS. Quelle que soit la provenance de l’argent, une majorité est contre un réarmement supplémentaire. C’est significatif : la classe ouvrière se méfie du militarisme des dirigeants et n’est pas disposée à faire des sacrifices pour eux. C’est pourquoi un mouvement antimilitariste pourrait associer la lutte contre le réarmement à des revendications sociales et, en fin de compte, au renversement du capitalisme.
Il y a un an, le Parlement avait déjà décidé d’augmenter les dépenses militaires d’un tiers, pour les porter à 1 % du PIB. Aujourd’hui, le Conseil fédéral réclame des milliards supplémentaires. Une mesure nécessaire, selon lui, pour garantir la défense du pays dans le nouvel ordre mondial. « La guerre en tant que prolongement de la politique par d’autres moyens est redevenue une réalité géopolitique », écrit l’armée suisse dans son rapport sur ses objectifs et stratégies pour l’avenir. Des paroles pleines de sagesse ! Pour quelle politique le Conseil fédéral est-il prêt à utiliser des moyens militaires ?
Il s’agit avant tout de garantir la sécurité des profits des capitalistes suisses. En tant que classe impérialiste, celle-ci a fondamentalement les mêmes intérêts que les grandes puissances, même si elle n’utilise pas les mêmes moyens. Tout impérialisme doit assurer l’accès à ses sources de matières premières, ses sites de production et ses débouchés commerciaux à l’échelle mondiale contre ses rivaux. Jusqu’à récemment, la diplomatie et la corruption ont suffi. En temps de crise, les combats s’intensifient : conflits militaires, guerres commerciales et formation de blocs impérialistes. C’est pour cela que tous les pays s’arment.
Dans l’étang impérialiste, la Suisse est un petit poisson qui serait rapidement dévoré en cas de guerre. Cela dit, la bourgeoisie suisse protège déjà ses intérêts par des moyens militaires. Par exemple, en sécurisant les conférences internationales, en garantissant la cybersécurité ou en préservant des infrastructures critiques (énergie, transport, etc.). De plus, elle n’est pas seule à mener la guerre. Le réarmement est un signal important envoyé à ses « amis » en Europe et aux États-Unis, qui montre clairement : « Nous contribuons à la sécurité. »
Les bourgeois se disputent encore sur le financement de leur programme d’armement impérialiste et sur le degré de leur coopération avec l’OTAN ou l’UE. La seule chose qui est claire, c’est qu’il y aura un réarmement et que ce sera finalement la classe ouvrière qui en fera les frais. Cela a commencé par des mesures d’austérité massives au niveau fédéral et cantonal. Nos systèmes d’éducation, de santé et nos transports sont pour eux des « luxes » qui doivent être sacrifiés pour acheter des avions de combat, des drones et des munitions. Une augmentation de la TVA entraînerait une baisse réelle des salaires, d’autant plus lourde à assumer pour les bas revenus. Or, la vie sous le capitalisme est déjà difficilement supportable aujourd’hui et les perspectives d’avenir sont sombres.
Notre classe dirigeante, avec son réarmement et son bellicisme, ne nous apporte aucune sécurité, bien au contraire : elle est la plus grande menace contre nous. Notamment parce que l’armée s’entraîne également à intervenir contre sa propre population, par exemple dans le cadre de l’exercice « Nostro Clima ». Nous devons payer pour son armement afin de défendre ses profits. Pour dissimuler cela, elle nous raconte des histoires effrayantes sur les « Russes », comme pendant la guerre froide. Nous avons besoin d’éducation plutôt que de bombes, et de santé plutôt que des obus ! C’est pourquoi nous ne donnerons pas un centime ni un homme à cette armée.
Les grands partis de gauche sont à mille lieues de cette position. Le Parti socialiste n’est nullement opposé au réarmement. Même le financement par la taxe sur la valeur ajoutée n’est plus une ligne rouge, comme l’explique la direction du parti dans le podcast « Meyer:Wermuth ». Elle déplore simplement que la Confédération ne se réarme pas assez « intelligemment». Selon eux, la Suisse devrait courtiser l’impérialisme européen plutôt que l’américain. La présidente du groupe parlementaire PS Samira Marti explique : « Le problème en matière de politique de sécurité est que l’on n’a pas encore compris que la réponse se trouve en Europe et non aux États-Unis. » Au lieu d’acheter un avion américain coûteux, la Suisse devrait autoriser davantage d’exportations d’armes vers l’Ukraine. Avec cette position bourgeoise scandaleuse, le PS sert de feuille de vigne « de gauche » aux bellicistes. Le Parti vert suit les arguments du PS dans la plupart des cas, mais rejette tout de même l’augmentation « antisociale » de la TVA au profit de la « folie de l’armement ».
La proposition sur la TVA est si impopulaire qu’elle ne sera probablement jamais soumise au vote. D’autres projets antisociaux la remplaceront. Le capitalisme n’offre rien d’autre que la misère et la guerre. Il est donc d’autant plus important de réapprendre les traditions de l’antimilitarisme prolétarien et de les défendre de manière organisée.
La lutte contre le militarisme recèle un énorme potentiel explosif. En Allemagne, le gouvernement veut réintroduire le service militaire obligatoire afin d’être « apte à la guerre ». Les jeunes s’y opposent. En décembre, 55 000 élèves sont descendus dans la rue dans plus de 80 villes. La prochaine journée de grève est prévue pour le 5 mars. Nos camarades allemands ont élaboré un programme qui s’oppose sans réserve au militarisme capitaliste, mais qui se démarque également du pacifisme.
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