Le parti Alternative pour l’Allemagne (AfD) a remporté une victoire sans appel. Dans les régions de l’est de l’Allemagne, la Saxe-Anhalt et le Mecklembourg-Poméranie occidentale, son score a plus que doublé. Il est passé de 20,8 % à 44,8 % en Saxe-Anhalt et de 16,7 % à 38,2 % en Mecklembourg-Poméranie occidentale. La CDU – qui fait partie du gouvernement fédéral – a perdu sur toute la ligne ; en Mecklembourg-Poméranie occidentale, elle n’a même pas réussi à entrer au parlement régional.
Ces victoires de l’AfD suscitent, à juste titre, beaucoup d’inquiétudes. Comment se fait-il qu’autant de travailleurs votent pour un parti réactionnaire qui incite à la haine contre les étrangers, veut renvoyer les femmes aux fourneaux et restreindre les droits des travailleurs ?
Pour comprendre le résultat des élections, il faut les remettre dans leur contexte. Le capitalisme allemand est en plein déclin : l’économie est de facto en récession depuis trois ans. C’est la classe ouvrière qui en fait les frais, avec le chômage et des coupes d’austérité brutales. Le gouvernement national CDU/SPD est donc très impopulaire. Le chancelier fédéral Friedrich Merz est le chef de gouvernement le plus détesté au monde. 78 % des Allemands sont mécontents de lui.
À cela s’ajoute le fait que la situation en Allemagne de l’Est était déjà catastrophique avant même la crise économique actuelle (voir page ci-contre). En Saxe-Anhalt, près d’une personne sur quatre est menacée par la pauvreté et l’exclusion sociale. La population y a diminué d’un tiers depuis les années 80 !
Dans ce contexte, une haine viscérale envers le gouvernement actuel et l’ensemble de l’establishment s’est développée chez de nombreux travailleurs. Le chancelier Merz n’a même pas pu faire campagne avant les élections, car il se faisait insulter où qu’il aille. L’AfD est le seul parti à n’avoir jamais gouverné, ni au niveau local ni au niveau national. Il attaque violemment les « anciens partis » et touche ainsi une corde sensible.
L’AfD est certes un parti capitaliste, mais sa politique étrangère, en particulier, est jugée trop imprévisible par la bourgeoisie allemande. Sous prétexte de défendre la démocratie contre le fascisme, tous les partis, la quasi-totalité des médias, l’Église et même les syndicats ne cessent de clamer avec hystérie que l’AfD est un parti extrêmement dangereux, avec lequel personne ne doit collaborer et qui devrait peut-être même être interdit. Pour de nombreux travailleurs, le choix d’un camp dans ce conflit est clair : certainement pas du côté de ceux qui gouvernent depuis des décennies.
Ils ont vu dans l’AfD un moyen de faire un pied de nez à l’establishment qu’ils détestent. 89 % des électeurs de l’AfD se sont dits d’accord avec l’affirmation selon laquelle le gouvernement fédéral méritait une leçon. Une proportion identique d’électeurs de l’AfD a approuvé la phrase suivante : « Je suis très inquiet que les prix augmentent tellement que je ne puisse plus payer mes factures. »
L’AfD défend pourtant tout autant les intérêts des responsables de la crise – les capitalistes. Elle fait porter la responsabilité du manque d’emplois et de lits d’hôpitaux aux étrangers : selon elle, si on les expulsait du pays, la situation des travailleurs allemands s’améliorerait. Tout cela n’est bien sûr qu’un mensonge raciste éhonté. Une petite partie de la base de l’AfD est composée de racistes et de nazis convaincus. Mais le racisme de l’AfD trouve un écho auprès de larges pans de la classe ouvrière, car l’AfD leur promet de réelles améliorations sociales.
Pourquoi Die Linke n’a-t-elle pas pu tirer profit de cette radicalisation ? Historiquement, elle disposait d’une large base en Allemagne de l’Est. Lors des élections régionales, elle dépassait souvent les 20 %. Cette fois-ci, Die Linke a enregistré les pires résultats de son histoire, avec 8,6 % et 6,5 %. La seule et unique responsable de ces défaites est sa politique réformiste.
Depuis des années, ses membres participent à des gouvernements régionaux qui gèrent la crise du capitalisme. La présidente du groupe parlementaire, Heidi Reichinnek, n’a cessé de souligner que le parti était prêt à soutenir la CDU, le moindre mal, afin d’empêcher le pire scénario : un gouvernement dirigé par l’AfD. Cette complaisance envers la CDU a également conduit Die Linke à ne pas opposer de programme économique socialiste à celui, capitaliste, de l’AfD. C’est pourquoi, pour de nombreux travailleurs, Die Linke est désormais un parti comme les autres ; ceux qui veulent une alternative votent pour l’AfD.
À Berlin, Die Linke a misé sur des revendications radicales, telles que l’expropriation des biens immobiliers. Cela lui a valu un soutien massif : chez les 25-35 ans, le parti a atteint 48 % des voix ! Cela prouve qu’une polarisation politique est en cours, y compris à gauche ! Et la seule façon de battre l’AfD, c’est la lutte des classes.
On ne sait pas encore très bien qui formera le gouvernement en Saxe-Anhalt. Un gouvernement dirigé par l’AfD serait synonyme d’un programme extrêmement réactionnaire : suppression du salaire minimum, persécutions à l’encontre des étrangers et de la gauche, et une guerre culturelle des plus réactionnaires dans les écoles.
Il n’est toutefois pas vrai qu’ils instaureront une dictature fasciste. Les libéraux et les réformistes affirment cela pour inciter les travailleurs à voter pour des partis capitalistes, à l’encontre de leurs propres intérêts. Tout comme Trump et Meloni, le succès de l’AfD repose entièrement sur la mobilisation des travailleurs mécontents lors d’élections démocratiques et bourgeoises. Cela ne constitue en aucun cas une base sociale permettant de priver les travailleurs de tous leurs droits.
Le capitalisme allemand est en déclin. Peu importe qui gouverne, la classe ouvrière doit être brutalement attaquée. Les travailleurs qui ont voté pour l’AfD seront amèrement déçus. La haine de classe, qui prend aujourd’hui des formes confuses, se dirigera de manière plus claire contre l’AfD et contre l’ensemble de la classe dirigeante. L’Allemagne entre dans une période tumultueuse de lutte des classes.
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