Cet article a été initialement publié sur marxist.com le 28.02.26, soit avant la confirmation de la mort du guide suprême Ali Khamenei.
Le samedi 28 février au matin, Téhéran a été secouée par une série d’explosions retentissantes lorsque des missiles américains et israéliens ont frappé la capitale iranienne. Des nuages de fumée ont également été aperçus s’élevant de Téhéran, Qom et d’autres villes iraniennes, annonçant le début de la guerre.
D’un seul coup, la réalité a soudainement interrompu la parodie sans fin de négociations inutiles.
Pendant des mois, cette farce absurde s’est déroulée sous le regard attentif de l’opinion publique, dans le but de créer la fausse illusion qu’un accord serait bientôt conclu et que la paix et l’harmonie allaient régner.
Conscient à la fois des intentions de Washington et de la proximité apparente d’une frappe militaire américaine, le ministre des Affaires étrangères d’Oman, Badr Albusaidi, dont le pays a facilité les négociations, s’est précipité à Washington dans un effort urgent pour présenter les pourparlers sous le jour le plus positif possible. Dans un geste inhabituel, il est même apparu sur la chaîne de télévision CBS et a divulgué des détails importants sur l’accord en cours d’élaboration, affirmant qu’un accord de paix était à portée de main.
Cependant, Albusaidi n’a obtenu qu’une rencontre avec le vice-président JD Vance, au cours de laquelle il a fait valoir que les négociations étaient sur le point de déboucher sur une avancée majeure. Il a affirmé que l’accord proposé dépasserait l’accord nucléaire de 2015, dont Donald Trump s’était retiré en 2018.
Selon Albusaidi, l’Iran avait accepté des conditions qui comprenaient l’élimination de ses stocks d’uranium hautement enrichi, la conversion de ses réserves existantes en matières moins enrichies à l’intérieur du pays et l’autorisation d’une surveillance complète par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Il a ajouté que les inspecteurs américains pourraient éventuellement être autorisés à opérer en Iran aux côtés de l’AIEA. Selon les termes proposés, l’Iran limiterait strictement son enrichissement d’uranium aux niveaux nécessaires à des fins d’énergie nucléaire civile.
Il s’agit là d’un ensemble de propositions très raisonnables, qui auraient probablement pu être acceptées par les États-Unis – à condition, bien sûr, que ceux-ci soient le moins du monde intéressés par la paix.
Mais ils ont répondu à ces propositions raisonnables par une pluie de bombes et de missiles.
Dmitri Medvedev, vice-président du Conseil de sécurité russe, a critiqué Trump pour son attaque contre l’Iran et s’est interrogé sur la capacité de résistance des belligérants, étant donné que l’histoire relativement courte des États-Unis remonte à 250 ans, alors que la civilisation perse existe depuis 2 500 ans.
« Le pacificateur a une fois de plus montré son vrai visage », a déclaré Medvedev. « Toutes les négociations avec l’Iran ne sont qu’une opération de couverture. Personne n’en doutait. Personne ne voulait vraiment négocier quoi que ce soit. »
Comme l’a déclaré une chaîne Telegram iranienne : « Une fois de plus, les États-Unis ont attaqué alors que l’Iran poursuivait la voie diplomatique. Une fois de plus, la diplomatie ne fonctionne pas avec l’État terroriste américain. »
Ce n’est pas la première fois que nous assistons à une telle farce. Le même jeu diplomatique s’est déroulé l’été dernier.
Le scénario était identique, les acteurs, plus ou moins les mêmes, et le dénouement tout autant prévisible dès le début.
Le locataire de la Maison Blanche se plaint aujourd’hui que les négociations ont échoué parce que les Iraniens n’étaient pas prêts à négocier « de bonne foi ».
C’est un mensonge. Si quelqu’un a négocié de mauvaise foi, ce ne sont pas les Iraniens, mais les Américains, qui ont délibérément utilisé le paravent de fausses négociations pour dissimuler leur détermination à attaquer l’Iran et à renverser son gouvernement.
Mais cette fois-ci, il y a quelques différences importantes dans ce jeu de cache-cache diplomatique.
L’été dernier, les Iraniens ont été pris au dépourvu par une attaque perfide, lancée soudainement et sans aucun avertissement, précisément au milieu de négociations qui, soi-disant, progressaient bien.
Cette fois-ci, les choses se sont déroulées très différemment. La partie iranienne ne faisait plus confiance aux Américains pour négocier de bonne foi.
Elle se méfiait particulièrement de Donald J. Trump et avait prévenu à l’avance qu’elle ne se laisserait pas surprendre et qu’elle répondrait à toute attaque par une riposte massive.
Nous voyons ici une deuxième différence importante.
Malgré sa rhétorique belliqueuse, Trump préfère toujours tenter de conclure un accord (ce qui est peu coûteux) plutôt que de faire la guerre (ce qui est coûteux à plus d’un titre).
Après environ une semaine en juin dernier, lorsque les Américains et les Israéliens ont réalisé qu’ils avaient échoué dans leur objectif principal, qui était de renverser le régime, ils ont réexaminé l’équilibre des forces et ont conclu qu’ils n’étaient pas en mesure de prolonger davantage la guerre.
Malgré les bombardements intensifs des premières phases, l’Iran a survécu et est passé à l’offensive, bombardant Israël de missiles qui ont commencé à pénétrer son « Dôme de fer », censé être invulnérable.
Et alors que l’Iran disposait d’un important stock de missiles accumulé au fil du temps, les réserves de missiles de défense aérienne, en particulier celles des États-Unis et d’Israël, étaient insuffisantes pour mener une guerre sur une longue période.
Donald Trump a donc décidé de mettre fin aux hostilités lorsqu’il a compris qu’il serait dangereux de continuer. Il a donc mis un terme à ce qui allait être appelé plus tard la guerre des douze jours.
Quelle est la situation aujourd’hui ?
Il est vrai que les États-Unis ont rassemblé une force militaire redoutable dans la région, soutenue par la puissante marine américaine.
Mais cette force apparente cache une faiblesse sous-jacente, qui n’est pas nouvelle et qui fait peser un risque très sérieux sur l’ensemble de l’opération.
Récemment, le président américain a tenu une réunion avec les principaux représentants des forces armées américaines et de la CIA. Il leur a demandé d’évaluer les chances de réussite d’une attaque contre l’Iran et les risques que cela pourrait comporter.

La réunion s’est tenue à huis clos, mais à en juger par certaines fuites dans la presse, il n’était pas satisfait des réponses qu’il avait reçues. Aucun des chefs militaires présents n’était en mesure de lui garantir le succès. Ils ne pouvaient pas non plus lui assurer que cette guerre pourrait être terminée aussi rapidement et facilement que celle de l’année dernière.
Ils lui ont en outre dit que les forces américaines pourraient bien subir des pertes, potentiellement très graves dans un tel conflit.
Pour un homme éternellement obsédé par sa cote de popularité, ce n’était pas ce qu’il s’attendait à entendre. La presse a rapporté que le président était sorti de la réunion à la fois en colère et frustré.
Ces informations auraient dû donner matière à réflexion à Donald Trump. Or, M. Trump est tout sauf un homme enclin à la réflexion sérieuse. Au contraire, il donne l’impression d’être un homme guidé par des impulsions soudaines et son instinct, influencé par la dernière personne à qui il a parlé, quel que soit le sujet, et en particulier pour les sujets sur lesquels il a des opinions très arrêtées. Cela inclut l’Iran, un pays pour lequel il ne peut jamais cacher complètement son aversion profonde et indéfectible.
Dans une déclaration surprenante publiée ce matin, au moment de l’attaque américaine contre l’Iran, M. Trump a dressé une longue liste des crimes qui auraient été commis par les méchants Iraniens contre des citoyens américains innocents au cours des dernières décennies.
Sa diatribe a commencé par l’évocation de « la prise par la force de l’ambassade américaine à Téhéran, où des dizaines d’otages américains ont été retenus pendant 444 jours ». Cet incident s’est produit le 4 novembre 1979, lorsque des étudiants militants iraniens ont pris d’assaut l’ambassade américaine.
Autrement dit, un événement qui s’est produit il y a près d’un demi-siècle ! Pourtant, l’homme de la Maison Blanche le présente comme s’il s’était produit hier. De toute évidence, cet événement le hante depuis lors, comme une arête de poisson coincée dans sa gorge.
Et, terminant enfin sa liste, il ajoute triomphalement : « Et c’est le Hamas, mandataire de l’Iran, qui a lancé les monstrueuses attaques du 7 octobre contre Israël. »
Il oublie commodément que la CIA elle-même a publié un rapport qui indique clairement que cette attaque n’avait rien à voir avec l’Iran, qui n’en avait pas connaissance et n’y était pas impliqué.
Mais il ne faut jamais laisser les faits gâcher une bonne histoire. Dans l’esprit fiévreux du président américain, l’Iran est devenu la personnification du mal sur Terre, un régime terroriste, coupable d’une longue liste de crimes innommables, la source de tous les problèmes et bouleversements au Moyen-Orient, et une menace pour la sécurité (voire l’existence même) des États-Unis.
Un scénario très remarquable, qui conviendrait parfaitement au genre de série télévisée tant apprécié par l’occupant de la Maison Blanche.
En réalité, cependant, comme la plupart des séries de ce genre, son rapport à la vérité est extrêmement ténu, et en fait, il est souvent en contradiction avec la vérité.
Si nous devions pointer du doigt le régime qui est le plus responsable des guerres, des bouleversements, des morts et des destructions à l’échelle mondiale au cours des dernières décennies, ce ne serait pas l’Iran qu’il faudrait pointer, mais les États-Unis d’Amérique.
En disant cela, nous ne voulons en aucun cas passer sous silence les crimes commis par le régime des mollahs à Téhéran. Mais, en comparaison, ceux-ci semblent insignifiants à côté du bilan effroyable du terrorisme de masse, des guerres criminelles et des agressions, des massacres et des destructions perpétrés par l’impérialisme américain.
Et si nous cherchons le principal responsable de la plupart des bouleversements, des guerres et des actions terroristes au Moyen-Orient, le coupable serait sans aucun doute le principal allié et représentant des États-Unis dans cette région : Israël.
Depuis des années, Washington laisse au régime israélien les mains complètement libres pour mener ses politiques agressives et expansionnistes au Moyen-Orient.
Il l’a armé jusqu’aux dents et a subventionné son économie, lui permettant ainsi de réaliser ses ambitions agressives sans aucun obstacle.
Si l’on met de côté la guerre génocidaire menée par Israël contre la population de Gaza et son oppression monstrueuse des Palestiniens en Cisjordanie, Israël n’a jamais cessé de mener des actes d’agression non provoqués contre les pays voisins, notamment le Liban, la Syrie, le Yémen, l’Irak et, enfin et surtout, l’Iran lui-même.
Il est évident que cette guerre infligée à l’Iran par les États-Unis et leurs complices israéliens s’inscrit dans la continuité directe de la politique agressive menée par le belliciste Benjamin Netanyahu, qui s’efforce désespérément de maintenir son emprise sur une population israélienne de plus en plus mécontente.
Il ne fait aucun doute que c’est la pression exercée par Netanyahu qui a poussé Trump à déclarer la guerre à l’Iran, alors que, malgré toute sa rhétorique belliqueuse, il est de notoriété publique que l’Iran ne représente absolument aucune menace pour les États-Unis.
En réalité, l’Iran ne représente actuellement aucune menace immédiate pour Israël ou tout autre pays du Moyen-Orient. Loin d’être un régime terroriste déterminé à provoquer des guerres, il a tout mis en œuvre pour éviter la guerre et faire la paix avec les États-Unis. C’est à Washington et à Jérusalem, et non à Téhéran, qu’il faut chercher les causes de la guerre actuelle.
Dans toute guerre, les puissances belligérantes doivent garder à l’esprit deux considérations : quels sont leurs objectifs et quel est le résultat final escompté ?
L’absence d’objectifs clairs est la recette idéale pour des complications sans fin, des contradictions et, en fin de compte, la défaite.
Pourtant, Donald Trump semble s’être lancé dans cette guerre comme un homme ivre titubant sans but dans la rue, sans savoir clairement où il va.
Le modus operandi de cet homme semble être d’agir constamment sous l’impulsion du moment. Mais une telle approche est tout à fait incompatible avec la conduite d’une guerre.
Il semble partir du principe que le recours à une force militaire écrasante peut permettre d’obtenir rapidement le résultat souhaité. Pour certaines raisons que nous aborderons plus tard, il souhaite à tout prix éviter une prolongation des hostilités.
Mais quel est l’objectif principal ? Cela n’a jamais été clairement défini. Plus exactement, différents objectifs ont été avancés à différents moments.
Lors des récentes manifestations de masse contre le régime, il a menacé de prendre des mesures militaires si le régime réprimait les manifestants.
Comme on pouvait s’y attendre, la répression a eu lieu et un certain nombre de manifestants ont été tués. Les chiffres avancés par Donald Trump sont certainement exagérés, car ni lui ni personne d’autre ne peut dire avec certitude quel était le chiffre réel.
Quoi qu’il en soit, cela n’a guère d’importance, car aucune mesure n’a été prise pendant ou immédiatement après les manifestations. Aujourd’hui, cette question a été discrètement abandonnée et n’est pratiquement plus jamais évoquée.
De toute évidence, le sort des manifestants ne figurait pas en tête de liste des priorités du président. Il leur dit maintenant qu’ils doivent rester chez eux et ne pas descendre dans la rue, sinon ils risquent d’être tués, non pas par le régime, mais par les bombes américaines, qui auraient été envoyées pour les aider !
Les autres objectifs mentionnés sont l’élimination du stock de missiles à longue portée de l’Iran, qui s’est considérablement accru ces dernières années.
Mais il est impossible que les Iraniens acceptent une telle exigence au cours des négociations, car cela revient à leur demander de se désarmer face à l’agression israélienne. En d’autres termes, c’est une invitation au suicide.
Comme les Iraniens ne pourront jamais accepter cela et que les Américains et les Israéliens ne pourront jamais les détruire militairement, cet objectif de guerre peut difficilement être considéré comme réaliste.
Il en va de même pour la demande visant à ce que l’Iran cesse de soutenir ses alliés dans la région, tels que le Hamas à Gaza, le Hezbollah au Liban et les Houthis au Yémen. Ils exigent que les Iraniens abandonnent purement et simplement leurs alliés au Moyen-Orient, alors même que l’aide de ces derniers devient clairement un facteur important. Cela est tout autant exclu.
La demande visant à ce que l’Iran abandonne effectivement l’ensemble de son programme nucléaire était tout aussi inacceptable.
En réalité, aucun État souverain ne pourrait accepter une telle exigence, qui représente une négation inacceptable de ses droits les plus élémentaires.
Au final, il ne nous reste donc qu’un seul objectif clair, désormais ouvertement reconnu par le président des États-Unis :
Le principal, voire le seul véritable objectif de guerre des États-Unis est un changement de régime en Iran.
Le renversement du régime était en fait l’intention réelle depuis le début. C’est depuis longtemps l’objectif des Israéliens, mais aussi de l’establishment impérialiste américain.
La première frappe d’Israël contre l’Iran lors de la guerre des Douze Jours était une tentative de décapiter le gouvernement de Téhéran. Ils ont réussi à assassiner plusieurs hauts responsables militaires iraniens. Mais l’objectif de décapiter le régime leur a complètement échappé.
Le régime a survécu et a riposté par une offensive de missiles qui a placé Israël dans une position très dangereuse. C’est pour cette raison et aucune autre que Trump a décidé de mettre un terme à l’opération à ce moment-là.
Il semble maintenant probable que l’histoire se répète. Mais les conditions sont aujourd’hui complètement différentes, et le résultat sera probablement différent lui aussi.
Les images satellites semblent montrer que le complexe du guide suprême iranien, Ali Khamenei, a été presque entièrement détruit, bien qu’au moment où nous écrivons ces lignes, rien n’indique s’il se trouvait ou non dans le complexe. Il est clair que les Américains et les Israéliens ont pris pour cible les principaux dirigeants du gouvernement iranien.
Par ailleurs, des sources officielles israéliennes affirment que le chef du Corps des gardiens de la révolution islamique iranienne, le général Mohammad Pakpour, aurait été tué lors des frappes de ce matin en Iran, tout comme le chef des services de renseignement et le ministre de la Défense iraniens.
Toutefois, pour l’instant, aucune de ces déclarations ne peut être confirmée.
Dans le même temps, les informations faisant état de victimes civiles en Iran se multiplient.

Une frappe israélienne a touché une école primaire de filles à Minab, une ville de la province d’Hormozgan, dans le sud de l’Iran, tuant plus de 80 élèves. À mesure que le nombre de victimes augmente, l’indignation et la colère de la population s’intensifient.
Ce fait ne vient pas étayer l’idée selon laquelle une attaque américaine conduirait à un changement de régime dans un avenir proche. Bien qu’une grande partie de la population déteste le régime, sa haine envers l’impérialisme américain et Israël est bien plus grande.
Il semble peu probable qu’elle les considère comme des libérateurs potentiels. Et elle a raison.
Ebrahim Azizi, qui préside la commission de sécurité nationale du Parlement iranien, a averti que l’Iran riposterait de manière « écrasante ». « Nous vous avions prévenus ! Vous vous êtes engagés dans une voie dont vous ne contrôlez plus l’issue », a-t-il déclaré sur les réseaux sociaux.
L’Iran a commencé à lancer des roquettes en représailles moins d’une heure après le début des frappes américaines. Des explosions ont eu lieu dans tout Israël, notamment à Tel-Aviv, Jérusalem et Haïfa, tandis que les systèmes de défense aérienne israéliens tentaient d’abattre les missiles entrants.
Il a également été rapporté que des missiles iraniens ont été tirés sur des bases militaires américaines situées dans toute la région, notamment la base aérienne d’Al-Udeid au Qatar, la base aérienne d’Al-Salem au Koweït, la base aérienne d’Al-Dhafra aux Émirats arabes unis et le quartier général de la cinquième flotte américaine au Bahreïn. À Riyad, en Arabie saoudite, des explosions ont également été entendues.
Au Yémen, les Houthis ont déclaré leur intention de reprendre prochainement leurs frappes de missiles contre Israël. Parallèlement, une milice irakienne alignée sur l’Iran a déclaré qu’elle « commencerait bientôt à attaquer les bases américaines en réponse à leurs attaques ».
Ces événements ont souligné à quel point l’Europe joue un rôle secondaire dans les affaires mondiales. Les Européens n’ont pas été consultés ni prévenus des plans américains. Von der Leyen a déclaré :
« Les développements en Iran sont très préoccupants. Nous restons en contact étroit avec nos partenaires dans la région. Nous réaffirmons notre engagement indéfectible à préserver la sécurité et la stabilité régionales. Il est essentiel de garantir la sécurité nucléaire et d’empêcher toute action susceptible d’aggraver les tensions ou de compromettre le régime mondial de non-prolifération. Nous appelons toutes les parties à faire preuve d’une retenue maximale, à protéger les civils et à respecter pleinement le droit international. »
Une répétition insignifiante de phrases creuses, s’il en est !
Cependant, le ministre norvégien des Affaires étrangères semble avoir rompu les rangs en déclarant que les frappes contre l’Iran violaient le droit international et en appelant à une solution diplomatique à la crise.
Mais les déclarations contradictoires de Londres semblent souligner le fait que l’Europe est en plein désarroi quant à sa réponse à ces événements.
La déclaration initiale d’un porte-parole anonyme du gouvernement britannique indiquait : « Nous ne voulons pas voir la situation s’aggraver et dégénérer en un conflit régional plus large. »
Mais dans une déclaration ultérieure, le Premier ministre Starmer a laissé entendre que la Grande-Bretagne enverrait des avions de combat dans la région – bien que l’on puisse se demander dans quel but.
Quoi qu’il en soit, il est assez évident que personne ne prête beaucoup d’attention à ce que les Européens ont à dire ces jours-ci.
Napoléon disait que la guerre est l’équation la plus compliquée qui soit. Il est toujours difficile de prévoir l’issue d’une guerre, car il existe un nombre infini de facteurs qu’il est difficile, voire impossible, de connaître à l’avance.
Le conflit actuel ne fait pas exception. Celui-ci pourrait trouver de nombreuses différentes issues, en fonction du rapport de forces réel, qui ne deviendra clair qu’au cours du conflit lui-même.
Ces résultats ne coïncideront pas nécessairement avec les intentions subjectives des parties impliquées dans le conflit. En fait, les deux choses seront souvent en contradiction.
L’intention claire de Donald Trump est de parvenir à un changement de régime en Iran. Mais il ne peut plus se faire d’illusions. Cela est plus facile à dire qu’à faire. Ses généraux l’ont averti qu’un tel résultat est loin d’être certain.
Pire encore, ils lui ont dit que cela ne pouvait certainement pas être garanti dans un court laps de temps. Or, le temps est précisément ce dont les Américains ne disposent pas en grande quantité.
Contrairement à la croyance générale en Occident selon laquelle l’Amérique dispose de réserves économiques et militaires illimitées, les faits montrent une réalité tout autre.
En raison de son implication constante dans de nombreux conflits ces dernières années, les stocks d’armes des États-Unis sont fortement épuisés. Il existe de nombreuses pénuries, en particulier une pénurie aiguë de missiles de défense aérienne, notamment le Patriot.
Le conflit en Ukraine, en particulier, a considérablement épuisé les ressources américaines, tant budgétaires que militaires.
Le résultat est désormais clair. Selon certaines estimations, les États-Unis ne pourraient soutenir une guerre contre l’Iran que pendant cinq à dix jours, pas plus.
Il y a quelques jours, le Financial Times a publié un article intitulé « La pénurie de munitions défensives va influencer l’attaque contre l’Iran ».
L’article commence par nous informer que « les États-Unis et Israël ont épuisé leurs intercepteurs à un rythme sans précédent pendant la guerre de 12 jours de l’année dernière ». Et il conclut :
« Selon des responsables et des analystes, les stocks limités de munitions défensives essentielles pour protéger les forces américaines et leurs alliés contre les missiles de Téhéran sont susceptibles de déterminer l’offensive militaire contre l’Iran. »
Au cours de la guerre de douze jours, l’Iran a tiré plus de 500 missiles sur Israël. Environ 35 ont réussi à percer les différentes couches des défenses aériennes d’Israël. Cela a été un choc psychologique sévère pour de nombreux Israéliens, à qui l’on avait appris à croire en l’invulnérabilité du programme de défense aérienne « Dôme de fer ».
L’Iran dispose d’un stock de plusieurs milliers de missiles, ce qui lui permettra de poursuivre son programme de bombardements intensifs contre Israël pendant une période bien plus longue que celle pendant laquelle les Américains et les Israéliens pourront rivaliser, compte tenu des graves problèmes rencontrés par la production d’armes aux États-Unis.
Trump mise donc sur une guerre courte, qu’il pourra terminer rapidement, comme il l’a fait l’année dernière. Mais il n’est pas certain qu’il soit aujourd’hui en mesure d’y parvenir.
Il parle désormais d’une « frappe limitée », dans l’espoir que les Iraniens feront également preuve de retenue dans leur réponse, comme ils l’ont fait l’année dernière.
Mais les Iraniens ont averti que cette fois-ci, Trump peut déclencher une guerre, mais qu’il ne peut pas décider quand cette guerre prendra fin. Cette décision sera entre les mains des Iraniens, qui ne seront pas pressés de satisfaire l’homme de la Maison Blanche. Après tout, pourquoi le feraient-ils ?
La prolongation du conflit et la grave pénurie de missiles de la part des États-Unis et d’Israël imposeraient de lourdes contraintes à ces derniers.
Tôt ou tard, Trump serait contraint de battre en retraite de manière indigne et humiliante.
Cela aurait des conséquences très négatives pour sa réputation aux États-Unis, ce qui, à l’approche des élections de mi-mandat, est une considération très importante pour lui.
Trump se trouve désormais dans une position très difficile. Sa politique économique n’a pas donné les résultats escomptés et le mécontentement grandit au sein de sa base MAGA.
C’est précisément cette raison qui l’a incité à se lancer dans l’aventure actuelle au Moyen-Orient, ce qu’il avait promis de ne jamais faire.
Adepte du jeu d’argent, il a voulu parier sur une guerre facile et rapide avec l’Iran, qui se terminerait par une victoire, avec, il l’espère, l’effondrement du régime et l’installation d’un gouvernement pro-américain à Téhéran.
Mais comme cela arrive souvent aux joueurs invétérés, les paris ne sont pas toujours gagnants. Le plus souvent, ils se soldent par un échec cuisant.
Une guerre désastreuse au Moyen-Orient signifierait la fin des ambitions de Donald Trump et une lente descente vers une défaite humiliante, la perte de son poste, la perte de sa réputation – la perte de tout ce qui compte pour lui.
Quelles sont donc les alternatives possibles ? Tout d’abord, celle que Donald J. Trump espère : une guerre courte et victorieuse, conduisant à l’effondrement du régime, à une insurrection populaire et à l’émergence d’un régime pro-américain en Iran.
Si un tel résultat ne peut être totalement exclu, dans les conditions actuelles, il semble extrêmement improbable. Je dirais même, franchement, qu’il est inenvisageable.
Soit dit en passant, si les Américains parviennent à renverser le régime actuel, le résultat ne sera pas nécessairement à leur goût. Rappelons-nous que toutes les tentatives américaines de changement de régime ont conduit à des catastrophes. Les exemples de l’Irak, de la Syrie et de la Libye viennent immédiatement à l’esprit.
Le renversement du régime actuel en Iran conduirait très probablement à un état de chaos, dans lequel toutes les contradictions latentes de la société iranienne se manifesteraient dans un cauchemar de violence, de conflits nationaux et sectaires, et toutes les horreurs qui l’accompagnent, comme nous l’avons vu dans d’autres pays où les Américains ont semé le chaos.
Cela provoquerait à son tour un chaos terrible, des guerres et des crises dans tout le Moyen-Orient, créant un scénario cauchemardesque pour les masses qui pourrait durer des décennies.
Une perspective peu réjouissante !
Le deuxième scénario est que le régime résiste à l’assaut initial, malgré les pertes et les dégâts évidents causés par les bombardements, qui seront très importants, mais pas décisifs.
Pour être clair : soit les États-Unis et Israël remportent une victoire rapide, soit, si la guerre s’éternise, ils se retrouveront bientôt dans une situation très difficile.
Pendant la guerre du Vietnam, Henry Kissinger a déclaré : « Nous sommes en train de perdre, parce que nous ne gagnons pas. Et eux (les Vietnamiens) sont en train de gagner, parce qu’ils ne perdent pas. »
Le même argument s’applique aujourd’hui avec encore plus de force à l’Iran. Tout ce que le régime a à faire, c’est de tenir bon, de rester uni et d’attendre, tout en frappant des cibles qui porteront gravement atteinte aux États-Unis et qui sont tout à fait à la portée de l’Iran.
La cible la plus évidente serait de fermer le détroit d’Ormuz, l’une des artères les plus importantes du commerce mondial. Une telle fermeture aurait un effet catastrophique sur l’économie mondiale.
En fin de compte, les États-Unis devraient admettre leur défaite et essayer de trouver un compromis.
En fait, il n’est pas totalement exclu que des négociations secrètes aient lieu en coulisses entre les Américains et les Iraniens afin de trouver un moyen d’éviter le pire scénario.
Pour l’instant, cela semble pour le moins fortement improbable. Le crescendo des récriminations, des accusations et des insultes mutuelles, le renforcement extraordinaire des forces militaires, et surtout l’obstination de l’homme à la Maison Blanche, semblent tous indiquer une intensification des hostilités.
Cela semble en effet être l’issue la plus probable. Mais qui peut le dire ? Le monde obscur de la diplomatie secrète internationale se déroule toujours à huis clos, où des accords semblant improbables peuvent être conclus dans certaines circonstances.
Nous devons laisser cette question en suspens, pour la simple raison qu’il est impossible de dire exactement quel sera le résultat de la guerre.
L’attitude des communistes face à la guerre est toujours une question concrète. Elle n’est pas déterminée par des considérations moralisatrices ou sentimentales, mais uniquement, dans chaque cas particulier, par les intérêts généraux de la révolution prolétarienne mondiale.
Notre attitude n’est jamais déterminée par des questions formelles telles que « qui a attaqué le premier ». Très souvent, les pays engagés dans une guerre défensive sont contraints de passer à l’offensive en premier.
Mais soyons clairs sur un point. Les États-Unis d’Amérique sont la force la plus monstrueuse, la plus réactionnaire et la plus contre-révolutionnaire de la planète.
Et il est de notre devoir, en tant qu’internationalistes, de mener une lutte implacable contre ce monstre contre-révolutionnaire et ses mandataires israéliens par tous les moyens à notre disposition.
Et s’il y a jamais eu un exemple d’acte d’agression non provoqué contre un pays, c’est certainement le cas ici.
L’Internationale communiste révolutionnaire doit affirmer sa position de manière absolument claire et sans ambiguïté :
Nous défendons sans condition l’Iran contre les actes d’agression de l’impérialisme américain et de ses mandataires israéliens.
Cela n’implique en aucun cas un soutien au régime de Téhéran. Mais la tâche de s’occuper de ce régime incombe au peuple iranien, et au seul peuple iranien. En aucun cas, il ne peut compter sur l’impérialisme américain pour résoudre ce problème à sa place.
Avant tout, nous nous opposons aux guerres impérialistes réactionnaires et défendons l’unité de tous les travailleurs contre le véritable ennemi. Et le véritable ennemi, c’est l’impérialisme prédateur et le système capitaliste qui le sous-tend.
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