Le 8 mars et le 14 juin comptent parmi les mobilisations les plus importantes de ces dernières années. Pourtant, sur la même période, le quotidien des femmes, des personnes LGBT et des jeunes est devenu de plus en plus invivable. Les politiques identitaires nous ont menés dans une impasse. Le moment est venu de suivre la voie de la lutte de classe révolutionnaire !

En 2019, une enquête révélait qu’en Suisse, 22 % des femmes avaient subi au cours de leur vie des actes sexuels non consentis, et 12 % « un rapport sexuel contre leur gré ». Les spécialistes parlent pour 2025 d’une « augmentation significative du nombre de cas » de féminicides. Ce fut en effet une année record en la matière. Toutes les fractions de la bourgeoisie – les bourgeois « libéraux » comme l’UDC – portent la responsabilité de cette situation.

Toutes les fractions de la bourgeoisie …

D’une part, ils font porter le poids de la crise de leur système à la classe ouvrière. Les femmes sont les plus touchées, soit directement par les coupes budgétaires dans les « secteurs féminins » tels que les soins infirmiers, soit indirectement. La précarité croissante, résultat de la pression au travail et de la politique d’austérité de l’État, est source de souffrance, de désespoir et de stress dans les familles. Au sein de la famille, foyer central de l’oppression, la violence s’intensifie en conséquence. C’est la classe capitaliste qui crée les conditions matérielles qui empoisonnent toutes les relations.  

Et en même temps, depuis ses hautes sphères cette classe injecte du venin sexiste dans la société. Pendant le Forum économique mondial, la demande de services d’escorte à Davos a augmenté de 4’000 % ! Une prostituée résume bien la façon dont ces gentils messieurs (et dames !) de l’establishment considèrent les femmes, et en particulier les femmes de la classe ouvrière : comme des « jouets pour adultes ». À une échelle beaucoup plus grande, c’est aussi exactement ce que nous apprennent les dossiers Epstein. Les idées dominantes dans la société sont celles de la classe dominante. 

… et toutes les institutions capitalistes sont responsables

Il n’est pas étonnant que le nombre de cas non signalés de violences sexuelles soit extrêmement élevé. À qui s’adresser ? Récemment, le contenu de groupes WhatsApp de la police lausannoise a été rendu public. Sans surprise, il affichait un sexisme et un racisme répugnants. Même le gouvernement a été contraint de parler de « racisme systémique ».

Les organes de l’État bourgeois – police, médias, justice, etc. – ne font pas partie de la solution, mais du problème. Les organes de l’État sont les organes de la classe Epstein et sont imprégnés de son sexisme.

À bas la classe Epstein

Les communistes soutiennent toute réforme, aussi minime soit-elle, qui améliore la vie des femmes. Mais nous ne devons pas nous faire d’illusions : l’oppression des femmes – la forme d’oppression la plus enracinée et la plus ancienne – ne peut être levée au sein de ce système.

Le capitalisme a développé des richesses et des forces productives gigantesques, avec lesquelles nous pourrions éradiquer la misère, la pauvreté et le manque – terreau fertile des relations aliénantes et violentes entre les êtres humains. Mais si nous voulons concrétiser ce potentiel, nous devons arracher le pouvoir des mains de la classe Epstein. Celle-ci nous précipite dans l’abîme avec son système pourri. Le capitalisme est une horreur sans fin, surtout pour les femmes, et c’est de pire en pire.

Tout va-t-il de mal en pis ?

La gauche et le mouvement de grève des femmes sont dominés par un sentiment de pessimisme. Les appels à la mobilisation pour le 8 mars de cette année sont marqués par l’idée que nous assistons à un « glissement vers la droite » voire à la montée du « fascisme ».

En comprenant les processus qui nous ont conduits à la situation actuelle, nous voyons qu’un processus extrêmement progressiste se cache derrière le prétendu glissement vers la droite : un processus de détachement de la classe ouvrière de ses exploiteurs et oppresseurs et une accumulation gigantesque de haine de classe !

La fraction dominante de la classe dirigeante, l’establishment libéral, s’est drapée depuis de nombreuses années d’un manteau progressiste « rose ». Les institutions financières et les grandes entreprises participent à la Pride – tout en réduisant les salaires, en intensifiant le travail et en procédant à des licenciements. Le Conseil fédéral vient de lancer une « campagne nationale de sensibilisation » contre la violence sexuelle, tout en réduisant les budgets des centres de consultation, des foyers pour femmes et des refuges.

Le cynisme est flagrant. Le vernis progressiste dont ils se sont affublés n’est rien d’autre qu’un masque sous lequel ils ont rendu la vie impossible, en particulier aux femmes travailleuses, et à la classe ouvrière en général.

La haine de classe augmente

Mais chaque action engendre une réaction équivalente – cela est également vrai pour la « mécanique » de la lutte des classes. De plus en plus de travailleurs et travailleuses, dégoûtés par cette politique cynique, se détournent de l’establishment libéral. Une véritable haine envers les représentants traditionnels de la bourgeoisie se développe.

C’est précisément ce dont ont profité les populistes de droite comme Trump, l’UDC ou même des personnages comme Andrew Tate. Ils se saisissent de la question sociale et se présentent comme une alternative à cette politique identitaire libérale de plus en plus détestée. Il s’agit bien sûr de pure démagogie. En pointant les étrangers et autres couches opprimées comme boucs émissaires, ils canalisent la haine de classe légitime dans une guerre culturelle inoffensive pour la classe dominante.

La conclusion la plus importante : la montée de ces personnalités et de ces partis ne signifie pas que la société glisse profondément vers la droite, mais est plutôt une expression déformée d’un processus extrêmement progressiste. Ce constat de la NZZ, qui la remplit d’effroi, doit nous donner une grande confiance : « Dans le sillage de la guerre culturelle menée avec véhémence ces dernières années sur les éco-colleurs et les identités de genre, la question sociale s’est frayée son retour. » Derrière le « backlash de droite » se cache un approfondissement du fossé entre les classes sociales, qui s’impose dans l’esprit des gens.

Les politiques identitaires « de gauche »

Pourquoi un capitaliste réactionnaire et misogyne comme Donald Trump peut-il se présenter comme un défenseur de la « classe ouvrière » ? Pourquoi l’UDC, un parti dirigé par des ultra-riches sexistes comme Blocher, peut-il se poser en défenseur des « préoccupations de la population suisse » ? Tout cela n’est possible que parce que la gauche leur laisse le champ libre.

Les dirigeants des organisations ouvrières, et en fin de compte l’ensemble de la gauche, ont copié la politique de représentation et d’identité des libéraux. Les dirigeants du PS et des syndicats ont dès le début canalisé les grèves annuelles des femmes dans des voies symboliques et des politiques de représentation inoffensives. Le potentiel aurait été énorme, et il l’est toujours. Mais le message adressé aux opprimés était le suivant : « Une journée dans la rue. Dansons et chantons, envoyons un signal, mais ensuite rentrez chez nous ! Nous résoudrons vos problèmes au Parlement et au Conseil fédéral, en tant que partie intégrante de l’État, avec les bourgeois ! »

Sous la pression du mouvement de masse, les bourgeois ont fait quelques concessions juridiques d’une main, tout en augmentant l’âge de la retraite des femmes et en démantelant les institutions de protection contre les violences de l’autre.

Tirer les bonnes leçons

Le bilan des politiques identitaires « de gauche » est catastrophique. Premièrement, elles n’ont rien accompli de substantiel. Deuxièmement, elles ont couvert la bourgeoisie dans sa politique d’austérité. Et troisièmement, elle a poussé des couches importantes de la classe ouvrière (y compris de nombreuses travailleuses) dans les bras du « trumpisme ». La montée du populisme de droite est le résultat direct de la politique identitaire « de gauche ».

La direction du PS tire des conclusions à l’opposé de celles qu’il faudrait tirer. Wermuth interprète à tort le « backlash de droite » comme une réponse au « succès » de sa propre politique et Tamara Funiciello comme « un immense compliment ». C’est complètement faux.

Nous devons comprendre l’essence même de l’erreur des politiques identitaires. Elles tracent la ligne entre les personnes « progressistes » qui utilisent le langage épicène et les personnes « réactionnaires » qui ne le font pas. Elles tracent la ligne entre les « libéraux féministes » et l’« UDC oppressive ». Elle transforme la lutte pour la libération en une lutte des femmes contre les hommes. La politique identitaire, même dans ses formes les plus « radicales », divise la classe ouvrière.

Une approche fondamentalement différente est nécessaire. La ligne doit être tracée entre les pauvres et les riches, entre le capital et le travail. Seule la lutte des classes peut mettre fin à la guerre culturelle.

Pour un programme de classe !

La dépendance économique des femmes vis-à-vis des hommes empêche les femmes de se libérer de situations oppressives et violentes. C’est pourquoi nous exigeons :

  • Un salaire égal pour un travail égal ! Indexation des salaires sur l’inflation et une augmentation substantielle des salaires pour tous les travailleurs et travailleuses ! Répartition du travail entre tous les adultes aptes à travailler et une réduction de moitié du temps de travail !

La politique d’austérité bourgeoise touche tous les travailleurs, mais particulièrement les femmes. Elle alourdit la double charge qui pèse sur elles et aggrave les conditions qui conduisent aux violence sexistes et sexuelles. Nous exigeons donc : 

  • Le retrait de toutes les mesures d’austérité ! Éducation plutôt que militarisation ! Pour un système de santé, un système de crèches, un réseau de cantines et de refuges, etc. gratuits et de qualité ! Pour un développement massif de l’ensemble de l’État social !

Les richesses nécessaires au financement sont disponibles en abondance, mais elles sont concentrées entre les mains du capital.

  • Pour l’expropriation sans indemnisation et la nationalisation des grandes entreprises, en particulier des laboratoires pharmaceutiques et des banques !

Les dossiers Epstein révèlent au grand jour que la classe dirigeante et toutes ses institutions sont imprégnées de sexisme et d’une totale faillite morale. Cette classe a perdu tout droit de diriger la société.

  • Pour le renversement de la classe Epstein par la classe ouvrière unifiée !

La chute et l’expropriation des capitalistes nous donneront la possibilité de mettre les forces économiques, organisées sous la forme d’une économie planifiée, au service des êtres humains. Dès le premier jour, nous pourrons assurer la survie de tous et raccourcir considérablement la journée de travail. Sur cette base matérielle, les relations humaines pourront être purifiées de milliers d’années d’oppression.

C’est la tâche du PS et des syndicats de porter ce programme dans les entreprises, les quartiers populaires et auprès des jeunes, afin de mobiliser la classe ouvrière.

Solidarité de classe

Tout cela signifie-t-il que nous reléguons la question des femmes au second plan ? Bien au contraire ! Grâce à ce programme, nous pouvons mettre fin à la guerre culturelle menée par la classe dominante, unir la classe ouvrière et ainsi rallier toutes ses forces à la cause des femmes. Unie derrière ce programme, personne ne pourra s’opposer à la classe ouvrière. Sans son aimable autorisation, aucune ampoule ne s’allume et aucune roue ne tourne. La grève est son arme la plus puissante.

Beaucoup dans la gauche radicale voient la nécessité de surmonter les divisions et parlent de « solidarité ». Mais solidarité de qui avec qui ? La règle d’or doit être : unité et solidarité de la classe ouvrière au-delà de toutes les frontières de genre et d’identité !

Nager avec l’histoire

Ce programme pourrait donner lieu à une lutte enthousiaste. Les conditions sont réunies pour cela.

Dire que nous devrions « d’abord arrêter l’histoire » (Tamara Funiciello) est tout à fait faux. Armés des bonnes idées, nous nageons aujourd’hui avec le courant de l’histoire ! Car la lutte des classes est en train de faire son retour, y compris en Suisse. En réaction à la crise et à la politique de la bourgeoisie, un sentiment de haine de classe, de colère contre « ceux d’en haut », un sentiment que nous devons prendre notre destin en main, se cristallise. Cela rend tangible la perspective d’une véritable émancipation des femmes et de tous les opprimés.

Le PCR défend ce programme et cette perspective. Rejoins-nous et aide-nous à porter ces idées dans le mouvement.


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Publié en 1884, L’Origine de la famille, de la propriété privée et de l’État de Friedrich Engels demeure un texte fondamental de la théorie marxiste sur l’émergence de la propriété privée, des classes sociales, de l’État et de l’oppression des femmes. Cette édition comprend le texte original d’Engels ainsi que plusieurs contributions complémentaires qui confirment et actualisent la validité de ses thèses plus d’un siècle plus tard.

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