Le 8 mars, l’initiative « 200 francs ça suffit » de la redevance versée à la SSR sera soumise au vote. Son objectif principal est de réduire les cotisations SSR que chaque ménage doit payer. Les cotisations pour les entreprises seraient quant à elles totalement supprimées.
À en juger par les affiches, on pourrait croire que l’initiative émane de l’Union suisse des syndicats : ils déclament : « Enfin des cotisations moins élevées ! Plus d’argent pour vivre ! ». La contre-campagne du Parti socialiste (PS) et de l’Union syndicale suisse (USS) défend la « démocratie », c’est-à-dire le régime de la bourgeoisie et des capitalistes. Un monde à l’envers.
Les initiateurs sont une bande de multimillionnaires de droite issus de l’Union démocratique du centre (UDC) et du Parti libéral-radical (PLR), qui possèdent eux-mêmes des médias. La Fédération suisse des entreprises est également impliquée. Ces démagogues sont prêts à tout pour s’attaquer à la classe ouvrière. Par exemple Gregor Rutz, co-initiateur de l’initiative, est à la tête de l’Association des propriétaires fonciers, qui fait tout son possible pour augmenter les loyers. Les bourgeois derrière l’initiative visent à supprimer les charges pour les entreprises, qui peuvent atteindre 50 000 francs suisses. Ils souhaitent aussi une plus grande liberté pour les médias capitalistes sur le marché suisse. Ils critiquent la qualité de la SSR, qu’ils accusent de gaspiller de l’argent. Les médias privés, affirment-ils, seraient meilleurs. Ils présentent sans cesse la SSR comme un bastion de la gauche. Cela fonctionne : la gauche accourt immédiatement à son secours et la défend bec et ongles.
Si l’initiative ne concernait que le contenu de la SSR, elle passerait inaperçue. Trois points la compliquent. Premièrement : la réduction des financements menace les emplois à la SSR. On estime à 3 000 le nombre d’emplois qui seraient supprimés si l’initiative était acceptée. Mais même si elle est rejetée, 900 postes seront supprimés. Le Conseil fédéral a d’ors et déjà décidé de réduire ces redevances sans compensation. Les suppressions d’emplois sont donc inévitables. Deuxièmement : le financement par des contributions obligatoires des ménages est l’argument de vente astucieux de cette initiative. Et ces contributions sont largement, et à juste titre, impopulaires. Troisièmement, se pose la question de la liberté des médias dans le capitalisme.
Cette initiative est un coup de maître tactique de la part de la direction de l’UDC. Elle lie la question sociale des contributions à un autre sujet : la SSR. La classe ouvrière se voit divisée par la question : pour ou contre la SSR « de gauche », « woke » – la guerre culturelle à l’état pur. Les organisations de masse traditionnelles du mouvement ouvrier n’adoptent pas de position cohérente sur la question sociale. Elles minimisent l’importance de la contribution (« 27 centimes par jour ou un café toutes les deux semaines ») au lieu de la combattre systématiquement. C’est pourquoi l’UDC gagne le soutien d’une partie de la classe ouvrière grâce à cette initiative.
Les communistes s’opposent fermement à cette logique néfaste du « moindre mal ». Seule une compréhension correcte permettra à la classe ouvrière de tirer profit de cette situation complexe. C’est pourquoi nous adoptons une position indépendante, de défense des intérêts de la classe ouvrière.
Le premier sondage de la SSR annonçait un résultat très serré : 46 % étaient favorables (deuxième sondage : 44 % d’approbation). Ce résultat est nettement supérieur à celui d’un vote similaire en 2018 (« No Billag »). De plus, l’opinion de nombreuses personnes était ancrée : 78 % avaient déjà fait leur choix. Les raisons de cette approbation sont principalement les faibles revenus et une attitude généralement critique envers le Conseil fédéral.
L’initiative est percutante pour deux raisons : matérielle et politique. Premièrement, cette taxe pèse sur tous les ménages, quel que soit leur revenu. Deuxièmement, la position politique de la SSR déplaît à de nombreux travailleurs, notamment les jeunes.
La redevance constitue clairement le principal problème. La facture de Serafe augmente régulièrement, sans possibilité de recours. 335 francs représentent une somme considérable pour un ménage de la classe travailleuse, surtout lorsque le budget est déjà serré. C’est pourquoi les frais de la SSR suscitent un tel ressentiment. Autrefois, des inspecteurs se présentaient à domicile et jetaient un coup d’œil à l’intérieur pour vérifier la présence d’un téléviseur. Aujourd’hui, une facture impersonnelle et standardisée arrive. En cas de non-paiement, des poursuites judiciaires sont engagées. En 2024, Serafe a lancé 112’000 procédures de poursuites. Ce sont 2 millions de francs de recettes générées par ce seul biais !
Et pour quoi payons-nous ? Outre le divertissement, la SSR diffuse de la propagande politique au service de la Suisse « officielle », bourgeoise, contribuant à sa cohésion et, par conséquent, à masquer les divisions de classe.
Voici le second aspect : le contenu de la SSR. Baba News a récemment dressé une liste de reportages prétendument « neutres et objectifs » qui, pourtant, défendent clairement la position des capitalistes et de leur État. Le déni persistant du génocide israélien à Gaza est un parti pris flagrant. Le dernier exemple en date est la censure du journaliste sportif Renna pendant les Jeux olympiques. Il a présenté les déclarations politiques d’un bobeur israélien qui soutient ouvertement le génocide. Autre exemple : le documentaire sur Junge Tat, qui normalise les nazis. De plus, toutes les luttes de la classe ouvrière sont soit ignorées, soit minimisées dans les journaux télévisés et les émissions d’information. Conclusion : sur tous les grands enjeux, la SSR, plus précisément sa direction qui contrôle les contenus, n’est ni indépendante ni crédible.
Pourquoi devrions-nous accepter que ce « service public » soit financé par nos maigres ressources ? Devrions-nous sinon soutenir cette initiative ?
Les arguments cités ici contre la ligne éditoriale de la SSR et son financement n’ont rien à voir avec ceux des dépositaires. Eux s’opposent fondamentalement à la radiodiffusion publique. Surtout, ils veulent que les entreprises ne contribuent pas un centime. Nos intérêts sont totalement divergents !
La SSR est une société privée, juridiquement une association, mandatée par le gouvernement fédéral pour assurer un service public. Il s’agit d’une entreprise à but lucratif financée par les redevances. En 2024, la SSR a distribué 6 millions de francs de dividendes ! Grâce à ces cotisations et à de maigres recettes publicitaires, elle verse des salaires princiers à ses dirigeants. La PDG, Susanne Wille, perçoit un salaire de 500 000 francs. En contrepartie, elle et son entourage veillent à ce que la programmation soit bien équilibrée, mais toujours conforme aux intérêts de l’État bourgeois, du Conseil fédéral et, en fin de compte, des capitalistes.
Depuis sa fondation en 1931, la SSR a toujours eu pour mission de maintenir l’unité nationale. Entre les deux guerres mondiales, le mouvement ouvrier disposait encore de journaux indépendants. Il était encore dans l’opposition, sans les contraintes de la participation gouvernementale au Conseil fédéral. À cette époque, le mouvement ouvrier critiquait le caractère bourgeois de la SSR, car aucune question de la classe ouvrière n’était abordée et les travailleurs n’avaient pas voix au chapitre. En 1943, le Parti socialiste suisse (PS) entra au Conseil fédéral. Cela entraîna une capitulation complète. Le PS se rallia ainsi à l’unité nationale. Après la guerre, les seules critiques provenaient de la droite.
Depuis les années 1990, le mouvement ouvrier suisse est privé de médias indépendants. Le réformisme défend donc avec d’autant plus de véhémence la revendication libérale de diversité médiatique, même si tous les médias sont bourgeois. La diversité des médias, affirment-ils, est une garantie de la démocratie. Mais si les capitalistes et leur gouvernement contrôlent les médias, ceux-ci ne peuvent dire et diffuser que ce que les capitalistes approuvent. Les journalistes qui s’écartent de cette ligne sont régulièrement licenciés de la SSR.
La SSR n’est pas neutre. Elle est l’un des porte-parole de l’État bourgeois et des capitalistes, comme le démontre le magazine Republik. En réalité, c’est le gouvernement suisse qui décide de la ligne éditoriale. Et ce gouvernement est notre ennemi.
Il ne faut pas se faire d’illusions sur la diversité des opinions bourgeoises. Le paysage médiatique suisse est dominé par quatre entreprises capitalistes (TX, CH Media, Ringier et NZZ), sans compter les médias en ligne comme Meta. Quelle que soit l’importance de la part de marché de la SSR, la classe ouvrière n’a aucun contrôle sur elle.
La confiance envers le gouvernement et les médias traditionnels s’effondre. La raison en est la prise de conscience correcte qu’ils ne défendent pas nos intérêts.
La classe ouvrière a besoin de ses propres médias, politiquement et financièrement indépendants. Ce n’est qu’ainsi que nos intérêts seront représentés. Notre journal mensuel, Le Communiste, est une tentative de construire de tels médias – mais nous en avons besoin au quotidien.
Est progressif ce qui unit la classe ouvrière et lui fait prendre conscience de sa force. En revanche, ce qui divise la classe ouvrière et alimente le pessimisme est néfaste. La pression morale exercée sur ceux qui voteront « oui » le 8 mars pour alléger leur fardeau financier est néfaste. Elle divise la classe ouvrière et fait toujours le jeu des capitalistes.
Le problème réside dans la croyance que la SSR est supérieure aux entreprises de médias privés. La tâche du mouvement ouvrier n’est pas de semer des illusions sur ces institutions « démocratiques ». La SSR n’est ni neutre ni indépendante. Nous devons la dénoncer, mettre à nu son hypocrisie et expliquer les intérêts de classe qui la sous-tendent. Pour cela, nous avons besoin de nos propres médias.
Nous ne menons pas de lutte contre la SSR. Elle n’est pas pire que les autres médias bourgeois. Par conséquent, nous ne soutenons ni l’initiative sur la SSR ni aucune initiative similaire. Nous ne sommes pas favorables au démantèlement de la SSR. Mais une chose est parfaitement claire pour nous : ce n’est que sous le contrôle des travailleurs que la SSR pourra devenir un instrument à notre service.
C’est pourquoi nous ne consacrons aucune énergie à défendre la SSR actuelle. Elle n’est pas démocratique et n’aide pas la classe ouvrière à devenir plus consciente et plus forte. Et nous ne défendons en aucun cas son financement par les redevances des ménages.
Nous rejetons et combattons toute forme de redevance, même celles de la SSR. Si l’État bourgeois gère un organe de presse comme un service public, il doit être financé par un impôt fortement progressif.
La seule chose que nous défendons, ce sont les emplois de la SSR, et plus précisément tous les postes en dessous de la direction. Avec ou sans la réduction de moitié des redevances, des emplois sont actuellement supprimés à la SSR en raison d’une réduction des redevances indépendante de l’initiative, ce qui entraîne une perte de revenus. La « neutralité » de la SSR entrave la lutte des employés contre cette situation. Les emplois de journalistes ne peuvent être garantis et conquis que par la lutte pour une presse ouvrière et un contrôle ouvrier.
Nous, communistes, luttons pour la pleine liberté de la presse et d’expression, et pas seulement contre Musk et Poutine. Cela n’est possible que si nous sommes libres de tout intérêt capitaliste. Cela exige l’expropriation des monopoles et la création de nos propres médias ouvriers.
Cette soi-disant initiative « pour plus d’argent dans notre porte-monnaie » ne sera pas la dernière attaque démagogique contre les emplois de la SSR. Cette fois, que le oui ou le non l’emporte, les capitalistes auront gagné.
Pour que le mouvement ouvrier puisse lancer une contre-attaque, il est indispensable de briser nos illusions sur l’État bourgeois et ses institutions comme la SSR. Nous devons lutter sans relâche contre toutes les redevances, impôts indirects (TVA) et impôt par tête. Ainsi, les capitalistes ne pourront plus diviser la classe ouvrière par leur guerre culturelle ; nous les combattrons classe contre classe.
Amérique du nord — de John Peterson, Communists of America — 18. 04. 2026
Suisse — de Tobias Sidler, Berne — 13. 04. 2026
Femmes — de Olivia Eschmann, Berne — 11. 04. 2026
(Contre-)Révolutions avant 1945 — de Sereina Weber, Genève — 10. 04. 2026