La lutte contre le racisme est l’une des questions centrales de notre époque. Les appels moraux abstraits à la raison ne suffisent pas. Nous avons besoin d’une politique de classe concrète et révolutionnaire.
La classe dominante, qui gère un système complètement pourri, injecte partout son poison raciste dans la société. Trump envoie ses sbires de l’ICE dans les différents États pour traquer les migrants. Le chancelier allemand Friedrich Merz appelle les migrants un « problème dans le paysage urbain ». Et l’UDC, avec son initiative « 10 millions », ressort pour la centième fois la même politique raciste du bouc émissaire.
La colère, le dégoût et la peur face à ces développements sont légitimes. Mais les slogans moraux abstraits comme « Les réfugiés sont les bienvenus », aussi sincères soient-ils, ne constituent pas une réponse suffisante. Le marxisme nous offre une méthode scientifique pour aborder ces questions.
Les êtres humains n’ont pas toujours été racistes. Le racisme est un produit historique.
L’industrie britannique en plein essor à la fin du XVIIIe siècle a développé une demande insatiable de coton. L’esclavage dans les États du sud des États-Unis fournissait la matière première. « Sans esclavage, pas de coton ; sans coton, pas d’industrie moderne. » (Lettre de Marx à Pavel Vassilievitch Annenkov, 1846)
Mais c’était précisément l’époque de la Révolution française – l’époque de « Liberté, Égalité, Fraternité ». La déshumanisation brutale des esclaves dans les États du Sud, pour la plupart des esclaves africains, devait être justifiée. Leur couleur de peau différente devenait le stigmate de leur prétendue infériorité. Le racisme est né comme produit du capitalisme.
La forme du racisme a changé au cours des siècles suivants, mais l’essence du racisme est restée. Les capitalistes ont toujours soif de profits juteux et veulent faire baisser le niveau de vie de la plus grande partie possible de la classe ouvrière en dessous du niveau des travailleurs «ordinairement» exploités. Et ils continuent de le justifier. On ne parle plus de soi-disant «races inférieures», mais de « Français paresseux » et « criminels musulmans ».
Mais il ne s’agit pas seulement directement des profits. Le racisme est aussi, pour reprendre les mots de Marx, une « puissance morale » de la bourgeoisie. Il est absolument nécessaire pour les capitalistes de monter les travailleurs de différentes origines, sexes, etc., les uns contre les autres afin de les maintenir dans l’impuissance.
La belle façade de la Suisse officielle n’est comme toujours que la feuille de vigne cachant une réalité brutale.
Peu de pays au monde exportent autant de capitaux que la Suisse – et importent autant de superprofits, soutirés aux travailleurs les plus démunis et les plus opprimés du « Tiers monde ». À l’intérieur de la Suisse, les régimes de statuts migratoires ont créé une hiérarchie profondément raciste de la main-d’œuvre : les travailleurs avec un permis C gagnent en médiane 900 francs de moins que les travailleurs suisses ; les détenteurs d’un permis L (permis de courte durée) 1300 francs de moins.
Parallèlement, la bourgeoisie suisse est championne du monde des campagnes politiques permanentes sur le dos des étrangers. La liste est interminable – Action nationale contre l’emprise étrangère sur le peuple et la patrie (années 1960), Initiative Schwarzenbach (1970), Affiches des « moutons noirs » (2007), Campagne pour l’interdiction des minarets (2009), Initiative contre l’immigration de masse (2014), etc.
Leur cynisme est sans limites. Ces bourgeois suisses crient sans cesse et hystériquement « Les étrangers dehors ! Nos portes sont fermées ! ». En vérité, ils n’ont jamais vraiment voulu fermer les portes. Ils ont besoin des étrangers – mais comme matière première pour l’exploitation capitaliste, privée de droits, intimidée et atomisée. L’aile « libérale » de la bourgeoisie autour du PLR a tout autant intérêt à cela. L’UDC n’est que le fer de lance de la division.
La lutte contre le racisme est donc une lutte contre l’ensemble de la bourgeoisie. Tant que le capitalisme existera, la pénurie régnera dans les classes laborieuses – un terreau fertile que la classe dominante cultive avec sa politique de division raciste pour monter les différentes couches de la classe ouvrière les unes contre les autres.
Le racisme et la lutte contre celui-ci sont une question de classe – et ce particulièrement parce que le racisme ne maintient pas seulement les travailleurs étrangers, racisés et issus de certaines minorités en position d’infériorité, mais constitue un moyen pour la classe dominante de maintenir l’ensemble de la classe ouvrière dans la servitude, la misère et l’impuissance.
Marx a consacré beaucoup de temps à la question de l’oppression des Irlandais par les Britanniques et a formulé le point décisif comme suit : « Cet antagonisme (entre Irlandais et Britanniques) est le secret de l’impuissance de la classe ouvrière anglaise, malgré son organisation. Il est le secret du maintien au pouvoir de la classe capitaliste. » (Lettre à Sigfrid Meyer et August Vogt, 1870)
La question de la lutte contre le racisme se réduit donc à la question suivante : comment unir la classe ouvrière ? Comment gagner l’ensemble de la classe ouvrière à la révolution ? C’est là que se révèlent les limites d’une approche abstraite et libérale.
Nous luttons pour les pleins droits démocratiques des travailleurs étrangers – particulièrement en Suisse, où 28 % de la population n’a pas la nationalité et ne dispose de quasiment aucun droit politique. Mais ce n’est que le A de l’ ABC complet. Ceux qui ne crient que « Les réfugiés sont les bienvenus ! » ou « Abolition de toutes les frontières ! » obtiennent paradoxalement le contraire de ce qu’ils recherchent.
Chaque travailleur suisse, confronté à ces slogans abstraits, se demandera : « Mais qu’en est-il de mon salaire ? Qui paiera le loyer de ma famille ? » Cela ne signifie en aucun cas que la classe ouvrière est incapable de solidarité. Mais cela laisse une brèche ouverte, que la droite démagogique exploite sans pitié. « Regardez, la gauche ne se soucie pas de vos problèmes ! Nous, en revanche, nous nous occupons des « prolos » suisses ! Pour de bons logements : les étrangers dehors ! »
Marx, quant à lui, montre la voie correcte. À propos de la question irlandaise, la tâche consistait à faire comprendre aux ouvriers anglais que la libération des Irlandais « n’est pas pour eux une question de sentiment philanthropique, mais (…) une condition de leur propre libération sociale ». Il s’agit de montrer à la classe ouvrière que la lutte pour l’amélioration d’une partie de la classe ouvrière sera d’autant plus percutante et couronnée de succès que nous défendrons les intérêts de toutes les autres parties.
Des événements survenus au début du mois à Sheffield (GB) montrent la différence d’approche. Le 4 avril, des manifestations de groupes anti-migrants ont eu lieu. Il y avait là des racistes et des fascistes invétérés, mais une grande partie des manifestants était constituée de travailleurs frustrés par la vie sous le capitalisme anglais complètement déliquescent.
« Stand up to Racism », un groupe libéral de gauche, a mobilisé contre la manifestation sous le slogan « Nous sommes bien plus nombreux que vous ! » La stratégie de ces révolutionnaires autoproclamés consistait à mettre sous le tapis tout contenu de classe trop contraignant afin de construire, sous une bannière moralo-universaliste, un front transclasses aussi large que possible contre la droite.
Ce qui peut sembler malin est une impasse totale. Ce faisant, la « gauche » ne fait que jeter davantage les travailleurs qui suivent encore la droite dans les bras des démagogues de droite. La réaction dans la tête d’un travailleur devient facile à prévoir : « Cette gauche est rattachée à l’establishment libéral – les mêmes gens qui réduisent nos rentes. Cette gauche me montre du doigt. Je préfère aller avec la droite : eux s’opposent à l’establishment et reconnaissent mes problèmes ! »
Mais des groupes de base se sont également formés contre la manifestation et contre l’approche abstraite et vide de « Stand up to Racism ». Leur tract disait : « Qui supprime nos emplois pour sécuriser ses profits ? Ce ne sont pas les migrants, mais les patrons ! » Et les activistes ont distribué ces tracts dans la « manif des racistes ». Cela montre la bonne approche à adopter.
Premièrement, nous ne défendons pas seulement l’égalité des droits, mais aussi l’organisation des travailleurs étrangers, notamment dans les syndicats, et des campagnes d’organisation engagées pour les travailleurs étrangers et les femmes. Cette organisation collective n’est pas seulement une question de « sentiment philanthropique » pour les travailleurs, mais renforce l’ensemble du mouvement ouvrier. En Suisse, l’organisation des travailleurs migrants a renforcé l’ensemble du mouvement syndical.
Ensuite, la véritable lutte contre le racisme est exactement l’inverse de la recherche d’un dénominateur moral le plus abstrait possible, auquel toute personne « raisonnable » (lisez : libéraux, Églises, ONG, etc.) pourrait se rallier. Nous avons besoin d’un programme de classe concret qui exprime les intérêts communs des différentes couches de la classe ouvrière ainsi que le véritable antagonisme social dans la société, et montre finalement une véritable issue révolutionnaire.
Nous défendons le partage du travail entre toutes les personnes capables de travailler, l’égalité de salaire pour un travail égal et une augmentation générale substantielle des salaires ; des logements bon marché pour tous et le développement de l’État social ; etc. Les ressources nécessaires à la réalisation de ce programme seraient disponibles en abondance, mais elles sont concentrées entre les mains des capitalistes. Rien d’autre que leur propriété des moyens de production et des logements n’empêche une vie décente pour tous les travailleurs. Ils doivent être expropriés.
Enfin, nous devons comprendre comment la classe ouvrière apprend. La classe ouvrière n’apprend pas simplement par la propagande et les programmes, mais par la lutte pour ces derniers. C’est pourquoi la lutte commune des travailleurs, femmes et hommes, étrangers et nationaux, etc., est le moyen le plus puissant pour chasser les préjugés dès aujourd’hui des esprits de la classe ouvrière.
À ce sujet, Marx et Engels ont écrit dès 1845 « que la révolution n’est pas seulement nécessaire parce que la classe dominante ne peut être renversée d’aucune autre manière, mais aussi parce que la classe qui la renverse ne peut, que par la révolution, venir à bout de toutes les vieilleries qui lui collent à la peau ».
Le capitalisme est aujourd’hui dans une impasse totale. La classe dominante n’a plus rien à offrir. Sa domination et toutes ses institutions sont de plus en plus remises en question – par la classe ouvrière la plus puissante qui ait jamais existé. Ainsi, la division de la classe ouvrière devient de plus en plus le seul moyen pour la bourgeoisie de s’accrocher au pouvoir.
Mais ce n’est qu’un côté de la médaille. Au Minnesota, les travailleurs et les jeunes ont fraternisé avec leurs frères et sœurs de classe migrants contre les attaques d’ICE et ont chassé les sbires de Trump. En Italie, la classe ouvrière italienne a fait grève deux fois par solidarité avec les Palestiniens. C’est sur cette tendance – une haine collective profonde contre la classe dirigeante d’un côté, la solidarité au sein de sa propre classe de l’autre – que nous devons nous appuyer.
Une tempête de lutte des classes se prépare. La classe ouvrière a besoin d’une force politique capable de l’unir derrière un programme communiste révolutionnaire. La tâche la plus importante aujourd’hui est de construire et de former le noyau de ce parti.
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