L’initiative des 10 millions divise la classe capitaliste et ses partis. Les deux camps s’accusent mutuellement de ruiner la prospérité de la Suisse. Mais aucun d’entre eux ne défend, ne serait-ce que de loin, les intérêts de la classe ouvrière. Ils défendent tous les profits des mêmes capitalistes ultra-riches – et ne se disputent que sur la manière de le faire..
D’un côté se trouve l’UDC avec son initiative. Au cours des dernières décennies, elle est devenue le parti le plus grand et le plus influent auprès des banques et des grands groupes suisses.
Derrière cette initiative se cachent plusieurs intentions de la part de ces représentants des grands patrons. L’UDC cherche délibérément à exploiter de manière démagogique les inquiétudes de la classe ouvrière face à la crise du coût de la vie. (Voir l’article « La position communiste sur l’initiative de l’UDC »).
Avec cette initiative, l’UDC veut également attaquer les « mesures d’accompagnement » des syndicats. Autrement dit : elle veut faire baisser nos salaires.
Mais le point central sur lequel la classe dominante se scinde en deux camps nettement opposés est la question de l’UE : l’initiative de l’UDC veut abolir la libre circulation des personnes si la population atteint 10 millions. Elle met ainsi en péril les accords bilatéraux et les relations de la Suisse avec l’UE.
Cela plonge l’autre aile de la bourgeoisie dans la peur et l’effroi : le PLR (le parti historique de la bourgeoisie), le Conseil fédéral (l’exécutif de l’État bourgeois) et economiesuisse (la principale faitière patronale). Ils mènent une contre-campagne désespérée et mettent en garde contre un chaos total.
Qu’est-ce qui se cache derrière le fait que ces représentants des ultra-riches s’affrontent avec une telle âpreté ? C’est l’impasse sans issue du capitalisme suisse dans la situation mondiale actuelle. Les deux ailes de la bourgeoisie apportent des réponses opposées au dilemme objectif dans lequel leur classe est prise.
Les capitalistes suisses se sont enrichis pendant des décennies par l’exploitation du monde entier. Mais leur « modèle de réussite » a perdu sa base. Le capitalisme est en déclin historique. La concurrence entre les États-nations s’intensifie, « l’ordre mondial fondé sur des règles » s’effondre, et la lutte impérialiste ouverte pour les marchés, les matières premières et les débouchés est de retour. Dans cette lutte, la petite Suisse est à la merci des événements.
L’impérialisme suisse a longtemps misé sur une intégration maximale au marché mondial et sur un enchevêtrement avec tous les blocs. Mais ce marché mondial se disloque sous l’effet du protectionnisme et des guerres commerciales. Les grandes puissances (États-Unis, Chine/Russie, UE) sont en conflit ouvert. La pression sur la Suisse s’accroît : elle devra de plus en plus se subordonner à un bloc – mais elle ne le peut pas, car elle dépend de tous. La bourgeoisie est prise dans une impasse stratégique insoluble.
La Suisse doit-elle se subordonner davantage à l’UE ou tenter de se positionner de manière plus indépendante en jouant l’équilibre entre grandes puissances ?
D’une part, la Suisse est indissociablement liée à l’UE. Celle-ci est son principal marché d’exportation et des secteurs centraux dépendent de la libre circulation des personnes. Mais d’autre part, l’UE est aussi le maillon le plus faible de la lutte impérialiste : en recul économique, politiquement instable, une poudrière sociale. Avec les « Bilatérales III », l’impérialisme de l’UE exige en outre une subordination accrue de la Suisse à ce bloc sans avenir.
Pour la bourgeoisie suisse, c’est la peste ou le choléra.
L’UDC rejette une subordination accrue à l’UE et veut, avec son initiative, saboter les Bilatérales III. Pour obtenir une plus grande liberté dans la concurrence mondiale, elle est prête à risquer l’instabilité et des conflits avec le principal partenaire commercial.
L’aile libérale espère au moins un peu de stabilité et la préservation des relations avec l’UE – quitte à se lier plus étroitement encore à ce navire en train de couler.
Aucune de ces options ne résout le problème fondamental. Les deux ailes sont impuissantes et, précisément pour cette raison, se disputent d’autant plus violemment sur la manière d’assurer les profits des capitalistes.
La classe ouvrière ne peut que perdre si elle se subordonne à l’une de ces ailes de la classe dominante. Ce n’est pas notre impasse, mais celle des capitalistes ultra-riches. Ils n’ont pas de solution parce qu’ils défendent un système qui a fait son temps.
Les intérêts de la classe ouvrière et de la bourgeoisie sont irréconciliablement opposés. La classe ouvrière a besoin d’une position de classe indépendante. Si les communistes révolutionnaires rejettent l’initiative de l’UDC, c’est parce qu’elle divise la classe ouvrière – et non par souci des relations de l’impérialisme suisse avec l’impérialisme de l’UE !
Pourtant le PS et l’Union syndicale crient « avec l’UE ! » et se sont complètement subordonnés à l’aile economiesuisse/PLR de la bourgeoisie. La classe ouvrière est ainsi privée d’une expression politique indépendante.
La tâche des organisations de la classe ouvrière n’est pas d’essayer de sauver le capitalisme de lui-même. Ce système est dans sa crise la plus profonde. Il est grand temps d’organiser la lutte de classe contre l’ensemble de la classe capitaliste !
Dans le document « Perspectives de la révolution en Suisse » pour le congrès du PCR, nous présentons sur 30 pages notre analyse détaillée : où en est la Suisse dans la crise du capitalisme et du nouvel ordre mondial ? À quel stade se trouve la lutte de classe en Suisse ? Et, sur cette base, quelles tâches se posent aux communistes ?
Lis le document « Perspectives de la révolution en Suisse » ici !
Suisse — de Martin Kohler, Berne — 16. 05. 2026
Suisse — de Flurin Andry, Zurich — 14. 05. 2026
Amérique du nord — de Lukas Nyffeler, Berne — 13. 05. 2026
Suisse — de Sereina, Genève — 12. 05. 2026