Le changement climatique constitue une menace existentielle pour l’avenir de l’humanité. La classe des capitalistes s’est montrée totalement incapable d’empêcher cette catastrophe.

En plus d’une profonde crise économique, d’une instabilité politique et de guerres impérialistes, des millions de personnes à travers le monde subissent directement les effets du changement climatique. Les perspectives de plus en plus désastreuses conduisent la jeunesse à reconsidérer le système ; ainsi, le slogan « System Change, not Climate Change ! » est devenu l’une des principales paroles de la mobilisation Fridays for Future. Mais à quoi ressemble réellement un « changement de système » ?

Les marxistes ne peuvent pas prédire l’avenir avec certitude. Cependant, en analysant les capacités productives développées sous le capitalisme, nous pouvons identifier certaines mesures susceptibles de lutter contre le changement climatique dès maintenant et d’en atténuer certaines des conséquences les plus graves.

La condition préalable est la suppression des barrières établies par le capitalisme : les barrières de la propriété privée, de l’État-nation, et l’organisation de la société autour des besoins humains plutôt que du profit.

Hors de contrôle ?

C’est l’une des tâches les plus importantes pour l’humanité. La planète s’est déjà réchauffée à un point où de graves conséquences sont inévitables.

Le sommet COP de 2015 avait fixé un objectif global de +1,5 °C par rapport à l’ère préindustrielle afin d’éviter le pire. Pourtant, en février 2024, il était clair que la température moyenne mondiale avait déjà dépassé ce seuil pendant 12 mois consécutifs.

Même l’objectif initial de +1,5 °C aurait eu des conséquences catastrophiques. Les signatures des politiciens et capitalistes signataires se sont révélées être de vaines promesses. Marx disait : « La conception de la nature que l’on obtient sous la domination de la propriété privée et de l’argent est le véritable mépris, la dépréciation pratique de la nature. »

Les vagues de chaleur deviennent de plus en plus meurtrières et destructrices pour les êtres humains, les infrastructures et les écosystèmes. À New Delhi, en 2024, les températures n’ont pas baissé en dessous de 40 °C pendant tout un mois, alors que trois quarts des travailleurs indiens devaient continuer à travailler avec peu ou pas de climatisation. En Norvège, une vague de chaleur a paralysé les hôpitaux, mal équipés en climatisation. Un hôpital a même dû limiter le nombre d’accouchement.

Les incendies de forêt sont de plus en plus fréquents et ravageurs. L’année 2025 fut l’année de tous les pires records. Los Angeles a été encerclée de flammes presque tout le mois de janvier. Incendies qui émettent des millions de tonnes de CO₂, détruisent des territoires entiers, quartiers et infrastructures compris. Sans parler que la fumée et les cendres peuvent être mortelles pour les pompiers.

Les inondations ont également augmenté. Depuis juillet, plus de 700 personnes ont péri dans des inondations au Pakistan. Des précipitations de plus en plus violentes provoquent des crues le long des fleuves où vivent près de 100 millions de personnes. Le mois dernier, les inondations au Sri Lanka, en Indonésie et en Thaïlande ont fait plus de 1 300 victimes.

Les tempêtes deviennent plus destructrices. Jamais autant de cyclones tropicaux n’avaient frappé les Philippines qu’au cours de l’année écoulée.

Ces catastrophes révèlent l’indifférence et l’incompétence de nos dirigeants. À Valence, un avertissement d’inondation a été retardé de plusieurs heures parce que le président de la région, Mazón, dînait au restaurant, alors même que les patrons forçaient leurs employés à poursuivre le travail dans des conditions extrêmement dangereuses. Un graffiti célèbre disait alors : « Els nostres morts, els seus beneficis » (« Nos morts, vos profits »). Un an plus tard, la colère n’a pas diminué ; le président régional a dû démissionner il y a quelques semaines.

Pourtant le pire reste à venir.

La fin des combustibles fossiles est possible

Plus de la moitié des émissions mondiales de gaz à effet de serre proviennent de l’industrie des combustibles fossiles. La combustion de charbon, de gaz et de pétrole pour produire électricité et chaleur est l’un des principaux moteurs du réchauffement climatique.

Pour les capitalistes, c’est une source inépuisable de profit. BP a annoncé qu’elle investirait chaque année 10 milliards de dollars dans la recherche et l’exploitation de nouveaux gisements. Le gouvernement brésilien a accordé des droits d’exploration sur une zone quatre fois plus grande que la Suisse. La Norvège prévoit d’exploiter davantage l’Arctique. Ce ne sont que quelques exemples du problème.

En parallèle, des progrès considérables ont été réalisés dans la technologie solaire et éolienne. Le soleil et le vent peuvent produire chaleur et électricité sans émissions de combustibles fossiles et ont le potentiel d’être beaucoup moins coûteux.

Grâce à un temps favorable au Royaume-Uni, jusqu’en août 2025, autant d’électricité solaire a été produite qu’en 2024. Cela suffirait à alimenter les chemins de fer suisses pendant cinq ans.

La Chine est devenue leader mondial de l’énergie verte. Elle contrôle 80 % de la chaîne d’approvisionnement des panneaux solaires, 60–80 % de celle des éoliennes, et a construit à elle seule, au premier semestre 2025, deux fois plus de puissance solaire que le reste du monde réuni.

Mais sous le capitalisme, le succès de la production devient un obstacle au développement futur. Les limites du marché deviennent déjà visibles. En 2023, trois fois plus de panneaux solaires ont été produits que l’économie mondiale ne pouvait en absorber. Le secteur souffre de surproduction : des conteneurs de panneaux stagnent dans les ports et entrepôts.

Un système irrationnel

Environ 51 milliards de panneaux de 350 W pourraient alimenter le monde entier. L’industrie chinoise a fabriqué un milliard de panneaux en 2023. La surproduction a inondé le marché et fait chuter les prix de plus de 80 %.

Ces prix pourraient favoriser la transition énergétique, mais les lobbies de producteurs poussent le gouvernement chinois à fixer des prix minimums et à limiter les investissements pour mieux profiter de la situation.

En 2024, les plus grands producteurs ont licencié plus de 87 000 employés pour préserver leurs marges. Selon eux, la production doit être utilisée à 20–30 % de sa capacité pour être rentable.

Les entreprises solaires et éoliennes des États-Unis et d’Europe ne peuvent rivaliser. Le secteur européen subit faillites, fermetures et licenciements. Par exemple, la société suisse Meyer Burger Technology AG a dû fermer l’une des plus grandes usines de panneaux solaires d’Europe en Allemagne avant de déclarer faillite. L’Europe impose alors des droits de douane sur les produits chinois pour rendre ses propres produits plus compétitifs.

Les panneaux chinois sont devenus si bon marché qu’ils peuvent être utilisés comme clôtures de jardin aux Pays-Bas et en Allemagne – et pourtant, des panneaux abordables et disponibles en quantité sont un problème pour le capitalisme européen.

Selon le Financial Times :

« Un panneau solaire coûtait fin mars 11 cents par watt, soit environ la moitié du prix de l’an dernier. Une nouvelle baisse est attendue, car les fabricants se font concurrence pour écouler les stocks. En dessous de 15 cents par watt, il est impossible pour une entreprise d’investir sérieusement en Europe. »

Les fluctuations de prix, notamment les prix négatifs de l’électricité dus à l’intermittence du vent et du soleil, sont un obstacle pour les investisseurs.

Les technologies pour la transition verte existent déjà, mais elles sont freinées par la propriété privée et la logique du profit. Même si la production de panneaux solaires connaît une croissance impressionnante, le marché se saturera rapidement, et les investissements cesseront.

Les contraintes de l’État-nation aggravent le problème : les capitalistes se concurrencent et adoptent des mesures protectionnistes. Sans propriété privée et avec une économie centrée sur les besoins humains, les travailleurs du monde entier pourraient coopérer, partager savoir-faire et technologies, et produire en masse des panneaux solaires de qualité.

Les 51 milliards de panneaux pourraient ainsi être rapidement fabriqués et installés sur environ 300 000 km² dans le désert du Sahara, tandis que les terres libérées pourraient être reboisées. Cela exigerait une coopération mondiale massive et continue pour maintenir l’infrastructure. Le marché mondial capitaliste a créé la base matérielle pour cette coopération, mais il faut maintenant dépasser les barrières de la propriété privée et de l’État-nation.

Révolution agricole

Après l’énergie, l’agriculture est la deuxième source d’émissions (environ un tiers). Les pratiques agricoles actuelles sont efficaces mais épuisent sols et environnement. Marx écrivait :

« Tout progrès de l’agriculture capitaliste est en même temps un progrès dans l’art de voler la terre. »

La production alimentaire suffit largement à nourrir toute l’humanité, mais un humain sur onze se couche sans avoir mangé à sa faim. Un tiers des aliments est ainsi gaspillé, notamment à cause des prix, de chaînes d’approvisionnement défaillantes ou du refus des supermarchés de les vendre à perte. Au Royaume-Uni, 9,5 millions de tonnes de nourriture sont jetées chaque année, ce qui serait suffisant pour nourrir 30 millions de personnes.

Humainement parlant, la priorité est claire  : développer une agriculture durable et écologique et répartir rationnellement la nourriture pour satisfaire les besoins humains.

Dans ce sens, des innovations existent déjà, comme aux Pays-Bas, deuxième exportateur mondial de produits agricoles. Grâce aux serres verticales alimentées par énergie renouvelable, la production est efficace, utilise moins d’eau et d’espace, et peut recycler l’eau à près de 100 %.

Le changement climatique menace les ressources en eau douce. Les premiers conflits liés à l’eau apparaissent déjà, comme le barrage de la Renaissance éthiopienne ou les tensions Inde-Pakistan autour de l’Indus.

Des méthodes comme le « precision farming » permettent d’optimiser l’usage des sols, de l’eau et des nutriments pour accroître les rendements tout en réduisant l’impact environnemental.

Aujourd’hui, 44 % des terres habitables sont consacrées à l’agriculture, cinq fois plus que les États-Unis. Avec les méthodes hollandaises, il serait possible de produire plus avec moins de surface, de limiter la déforestation et de reboiser les terres libérées. Des systèmes agroforestiers et des solutions techniques peuvent encore réduire les émissions de méthane et capturer du CO₂.

Actuellement, l’agriculture est dominée par quelques monopoles. Quatre entreprises contrôlent 85 % du marché américain de la viande. La logique du profit prime sur les besoins humains et environnementaux.

Habitat résilient au climat

Investir dans la production verte est crucial, mais il faut aussi adapter les bâtiments aux nouvelles conditions climatiques : vagues de chaleur, tempêtes et inondations. Des méthodes existent pour construire des écoles et logements résistants à la chaleur ou aux ouragans, mais dans le capitalisme, la sécurité est un luxe réservé à une minorité.

La production de logements sûrs doit être planifiée socialement, avec des entreprises nationalisées et gérées démocratiquement. Les travailleurs pourraient alors mener un programme massif de construction et de rénovation pour protéger tous les habitants.

Libérer le potentiel humain

Les technologies et méthodes existent pour ralentir le réchauffement et protéger notre environnement. Il suffirait de les mobiliser pour les besoins de l’humanité plutôt que pour le profit.

L’exemple du « Lucas Aerospace Plan » dans les années 1970 montre que la classe ouvrière peut réorienter la production industrielle pour le bien commun : les travailleurs ont imaginé 150 projets, dont des technologies renouvelables, pour utiliser une usine d’armement à des fins sociales.

Aujourd’hui, la classe dirigeante dépense des centaines de milliards en armement. La classe ouvrière a le pouvoir de stopper cette course et de réorienter les usines contre le changement climatique.

Le communisme vise à réaliser tout ce potentiel. Si l’humanité s’affranchissait du profit et utilisait pleinement les ressources de la science et de l’industrie, nous pourrions limiter et même inverser le changement climatique.

La propriété parasitaire des capitalistes et l’État-nation empêchent l’humanité d’empêcher la destruction de sa planète. L’avenir du monde dépend de la révolution.


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