Complices suisses

Face à l’enlèvement scandaleux de Maduro, le Conseil fédéral a réagi à toute vitesse et imposé des sanctions appropriées – non pas contre les États-Unis, mais contre Maduro lui-même. Au lieu de défendre le « droit à l’autodéfense » du Venezuela ou de critiquer les États-Unis pour leur « guerre d’agression contre le droit à l’autodétermination » du Venezuela, le Conseil fédéral a décidé de geler les avoirs de Maduro.

Le capital suisse et son gouvernement se sont depuis toujours rangés, sur la question du Venezuela, dans le camp de l’impérialisme américain. Ainsi, en 2018, le Conseil fédéral avait décidé de reprendre les sanctions impérialistes (initiées par Obama) contre le Venezuela, lesquelles ont saigné à blanc les masses vénézuéliennes. Les capitalistes suisses avaient déjà tiré profit de cette misère : contraint de vendre ses réserves d’or, le Venezuela en a expédié pour plus de 4 milliards de francs en Suisse.

À propos de commerce : les négociants suisses en matières premières contrôlent près d’un tiers du commerce mondial de pétrole. Ces parasites tournent désormais comme des vautours autour de la proie que Trump aurait capturée – le pétrole du Venezuela. Cette perspective a déjà fait grimper les actions de Glencore, dès le lundi suivant l’enlèvement de Maduro. Vitol et Trafigura, deux négociants basés à Genève, ont reçu de Trump le mandat de vendre et de transporter les 30 à 35 premiers millions de barils de son butin volé.

Les banques, les négociants et leur Conseil fédéral : ils trempent tous dans l’exploitation des opprimés, au Venezuela, en Suisse et dans le monde entier. C’est pourquoi la lutte contre l’impérialisme consiste en la lutte contre notre propre classe dominante.


La “doctrine Donroe” en action Attaque des États-Unis contre le Venezuela


L’incursion militaire criminelle des États-Unis au Venezuela pour enlever un chef d’État étranger en fonction inaugure l’application concrète de la nouvelle stratégie nationale de sécurité de Trump. Washington est déterminé à établir sa domination sur l’hémisphère occidental, qu’il considère comme son arrière-cours, et à chasser de la région tous les « acteurs non hémisphériques », en particulier la Chine. 

Jorge Martin, marxist.com

L’opération militaire au Venezuela fut suivie d’une conférence de presse délirante, où Trump et Marco Rubio se sont vantés de l’ampleur de la puissance américaine et ont menacé la Colombie, le Mexique et Cuba. Trump a répété ses déclarations précédentes selon lesquelles les États-Unis auraient besoin du Groenland « pour des raisons de sécurité nationale » et a promis de régler la question « dans un délai de deux mois ». Ce ne sont pas des menaces vaines.

Trafic de drogue et démocratie : de faux prétextes

Il faut le dire clairement : cet acte d’agression militaire impérialiste de large envergure contre un pays souverain n’avait absolument rien à voir avec le trafic de drogue comme Trump l’a d’abord prétendu. Tout le monde sait – les services secrets américains les premiers – que le fentanyl ne provient pas du Venezuela, que ce pays ne produit pas de cocaïne et qu’il ne joue qu’un rôle très limité dans le trafic de drogue. Le prétendu Cartel de los Soles n’existe pas [comme le reconnaît désormais, en catimini, le ministère américain de la Justice].

L’enlèvement de Maduro n’a rien à voir non plus avec la démocratie. Petro en Colombie et Sheinbaum au Mexique ont remporté sans ambiguité des élections libres et équitables – et pourtant Trump les menace aussi, et les accuse sans fondement d’être impliqués dans le trafic de drogue ou influencés par les cartels.

Le président Chávez a remporté entre 1998 et 2013 pas moins de 19 élections et référendums démocratiques. Cela n’a pas empêché l’impérialisme américain de tenter à plusieurs reprises de le renverser, à commencer par le coup d’État raté d’avril 2002.

Comme ses prédécesseurs, Trump n’a aucun problème à traiter avec le prince bin Salman d’Arabie saoudite, qui ne s’est jamais soumis à aucune élection.

Après l’invasion américaine et l’enlèvement de Maduro, les libéraux aux États-Unis et ailleurs se sont indignés, dénonçant un acte illégal – une violation du soi-disant ordre fondé sur des règles – et ont appelé à l’intervention de l’ONU et de l’OEA( l’Organisation des États Américains).

C’est de l’hypocrisie à l’état pur. En réalité, le « droit international » n’est qu’une façade pour la domination des puissants. Les présidents américains ne se sont jamais souciés des subtilités juridiques, et beaucoup d’entre eux (républicains comme démocrates) ont violé la loi (américaine et internationale) pour mener des agressions militaires à l’étranger. Lorsqu’ils pouvaient avoir le soutien de l’ONU pour leurs plans impérialistes, c’était pratique bien sûr. Lorsqu’ils ne l’avaient pas, ils attaquaient quand même.

L’enlèvement de Maduro ne représente pas une rupture avec le comportement ordinaire de l’impérialisme américain. L’assassinat de chefs d’État étrangers (Lumumba, Allende, Kadhafi, pour ne citer qu’eux) et le renversement de gouvernements par des coups militaires (Cuba, Guatemala, Brésil, République dominicaine, Iran, Chili, Argentine, Paraguay, Bolivie, Venezuela, Grenade et bien d’autres) sont des pratiques courantes pour l’impérialisme américain et la CIA. Respectivement en 1989 et en 2004, les présidents de Panama, Noriega, et d’Haïti, Aristide, ont été enlevés et expulsés de leur pays par des opérations militaires américaines.

S’il y a une différence, c’est bien que l’actuel locataire de la Maison-Blanche semble indifférent à fournir des prétextes à l’agression impérialiste américaine. Trump dit tout haut sans hésiter ce que d’autres ne disent qu’à demi-mot. Lors de sa conférence de presse du 3 janvier, il a déclaré que les États-Unis gouverneront directement le Venezuela et remettront le pétrole vénézuélien aux compagnies pétrolières américaines.

Delcy Rodríguez a désormais pris la place du président en fonction du Venezuela, ayant reçu un avertissement clair : si elle s’oppose aux plans américains, elle subira le même sort que Maduro. Washington agit dans son arrière-cours comme un gangster : paie pour ta « protection », en pétrole et en ressources, ou subis les conséquences. Voilà le message de l’administration Trump, non seulement pour le Venezuela, mais pour tout le continent.

Le Venezuela n’a que deux options : soit résister à l’assaut de l’impérialisme américain en mobilisant les masses d’ouvriers, de paysans et de pauvres, en lançant un appel aux peuples d’Amérique latine et du monde – soit se soumettre totalement aux diktats de Washington et laisser ses ressources naturelles être entièrement exploitées par les États-Unis.

Le Thermidor de Maduro

Un vrai leadership révolutionnaire suivrait la première voie. Le problème est qu’au Venezuela, depuis que Maduro a pris le pouvoir il y a 12 ans, un processus graduel et prolongé de contre-révolution thermidorienne est en cours. Alors que Chávez favorisait la participation directe des masses à la politique, Maduro l’a étouffée bureaucratiquement.

Le contrôle ouvrier a été démantelé, les entreprises nationalisées privatisées, les paysans expulsés des terres expropriées sous Chávez. Parallèlement, les négociations salariales et les droits des travailleurs ont été détruits, les syndicalistes combatifs emprisonnés, et l’accès aux élections interdit aux partis de gauche (y compris le Parti communiste) : il ne reste presque rien de la Révolution bolivarienne.

Le fait que cette contre-révolution thermidorienne soit menée cyniquement par la bureaucratie de Maduro sous la bannière du « socialisme », du « bolivarisme » et du « chavisme » a jeté un large discrédit sur ces idées et une profonde démoralisation politique parmi les masses ouvrières et pauvres.

En avril 2002, des dizaines de milliers de personnes ont manifesté contre le coup d’État soutenu par les États-Unis contre Chávez. Cette fois, environ 100 personnes seulement se sont rassemblées devant le palais de Miraflores.

L’impérialisme américain se sent fort après avoir mené une opération potentiellement compliquée et est grisé par la victoire. Mais gouverner directement le Venezuela et écarter la Chine de l’Amérique latine s’avérera beaucoup plus difficile à mettre en œuvre.

Toute administration à Caracas qui tenterait de satisfaire les exigences de Trump concernant la remise totale des ressources naturelles se heurtera tôt ou tard à la résistance de la population vénézuélienne. Parmi les masses du Venezuela et d’Amérique latine, des sentiments anti-impérialistes profondément enracinés subsistent, forts et fiers. L’idée que les compagnies pétrolières américaines démantèlent la société pétrolière nationale PDVSA et siphonne les profits hors du pays répugne des millions de personnes, y compris nombre de ceux qui n’ont pas soutenu Maduro. 

Une “doctrine-Donroe” ?

Dans sa bataille contre la présence de la Chine en Amérique latine, Trump sera confronté au fait que la Chine est désormais le partenaire commercial principal de l’ensemble de l’Amérique du Sud, disposant de relations économiques étroites avec le Brésil, le Chili, l’Argentine, l’Équateur, le Pérou, la Colombie, etc.

Même les gouvernements aujourd’hui alliés à Trump sur le plan politique – comme l’Argentine, la Bolivie, le Pérou, l’Équateur et le Chili – ne peuvent se permettre de rompre leurs liens économiques avec la Chine. Les États-Unis seront-ils capables d’acheter les quantités énormes de cuivre, de soja et de viande que ces pays vendent à la Chine ?

Lors de la conférence de presse après l’enlèvement de Maduro, Trump a évoqué la refonte de la doctrine Monroe – un projet que certains appellent « doctrine Donroe ». La stratégie nationale de sécurité fait référence à un « corollaire Trump » à la doctrine de 1823. « L’Amérique aux Américains » visait alors à tenir les autres puissances impérialistes européennes à l’écart du continent, même si l’impérialisme américain n’avait pas encore les moyens de l’imposer. Ce que nous voyons aujourd’hui est plutôt une tentative de revenir au « corollaire Roosevelt », introduit après le blocus naval du Venezuela en 1902-03, lorsque les États-Unis s’arrogèrent le droit d’intervenir militairement en Amérique latine.

C’est une recette pour les affrontements et les conflits – non seulement avec les intérêts chinois, mais aussi avec les masses latino-américaines qui ne toléreront pas sans lutte le harcèlement impérialiste américain. L’agression impérialiste au Venezuela montre qu’une « multipolarité » croissante avec la Chine et la Russie ne réduira pas l’exploitation des peuples d’Amérique latine. La seule voie pour véritablement se libérer de l’impérialisme réside dans la lutte pour l’abolition du capitalisme à l’échelle mondiale – et non dans un bête calcul géopolitique.

À l’international, les actions de Trump au Venezuela seront perçues comme un feu vert pour d’autres puissances (Chine et Russie) pour agir de manière similaire dans leurs propres zones d’influence. De fait, Trump admet que les États-Unis ne peuvent pas vaincre la Russie en Ukraine, mais qu’ils devraient au moins maintenir leur domination sur leur propre continent. Xi Jinping en prendra bonne note. Un jour avant l’attaque contre le Venezuela, une délégation chinoise se trouvait à Caracas pour signer des accords économiques. En réaction aux livraisons d’armes américaines à Taïwan, la Chine a intensifié ses exercices militaires autour de l’île.

En tant que communistes, nous rejetons fermement ce nouvel acte d’agression impérialiste américain. Nous défendons le Venezuela sans réserve. La seule manière efficace de combattre l’impérialisme est la lutte des masses laborieuses – en Amérique latine, dans le monde et même aux États-Unis. Le capitalisme dans sa phase impérialiste est un système en crise, un système de guerre, de violence et d’oppression. Ce n’est qu’en abolissant le capitalisme que nous pourrons garantir une monde de paix et de prospérité pour le plus grand nombre.