Lorsque Donald Trump a repris la présidence des États-Unis en janvier 2025, une vague d’enthousiasme s’est emparée des forces populistes de droite en Europe. L’homme le plus puissant du monde semblait être leur allié dans la lutte contre l’establishment libéral “woke” européen, leur apportant ainsi une légitimité supplémentaire.

Des divergences sur des questions telles que la guerre en Ukraine, la politique économique ou encore la politique énergétique ont pu être temporairement reléguées au second plan tant que l’ennemi commun restait clairement identifié : les élites de l’alliance transatlantique.

Les relations se détériorent

Entre-temps, les relations entre Trump et ses admirateurs européens se sont nettement détériorées. Qui aurait cru qu’il serait si difficile de construire une « Internationale nationaliste » ? Surtout dans un monde de plus en plus déchiré par les conflits impérialistes et les antagonismes nationaux. 

Marine Le Pen, présidente du Rassemblement National, a critiqué les buts de guerre « erratiques » de Trump au Moyen-Orient. Son protégé politique Jordan Bardella a également condamné les « ambitions impériales » de Trump vis-à-vis du Groenland et du Venezuela. En Allemagne, le coprésident de l’AfD, Tino Chrupalla, a même accusé Trump de « crimes de guerre » en Iran et a exigé le retrait des troupes américaines d’Allemagne. 

Le conflit entre Trump et la Première ministre italienne Giorgia Meloni a été particulièrement médiatisé. Elle avait longtemps profité de son rôle de favorite européenne de Trump et avait bâti une part importante de son autorité politique sur sa proximité avec le président américain. Mais en raison de la guerre en Iran, Meloni a été contrainte de s’opposer ouvertement à Trump – à la fois sous la pression de sa propre base sociale et du point de vue du capital italien, qui ne tire aucun avantage de l’aventure géopolitique de Trump.

Pression d’en bas

Trump a ébranlé l’ordre mondial existant. Des guerres commerciales catastrophiques au démantèlement de l’alliance occidentale d’après-guerre, la ligne directrice de son gouvernement est : « America First », ce qui signifie dans la pratique que tous les autres passent après. 

La guerre contre l’Iran a fortement accru le risque d’une instabilité économique généralisée. Trump a fait preuve d’une indifférence totale à l’égard des alliés européens officiels des États-Unis. Le chômage, l’inflation et une nouvelle crise énergétique pèsent à nouveau de manière menaçante sur l’Europe, en particulier sur les ménages des travailleurs. 

Il n’est donc guère surprenant que l’opinion publique en Europe soit extrêmement négative à l’égard de Trump, des États-Unis et de l’impérialisme américain. En France, 78 % ont une opinion négative de Trump, en Allemagne même 86 % ; en Italie et au Royaume-Uni, les chiffres tournent autour de 80 %.

Les partis populistes de droite s’appuient tous sur des bases sociales hétérogènes et instables, et se nourrissent de la colère anti-establishment des travailleurs et d’une partie des classes moyennes. Si, au sein de leur électorat, un sentiment anti-américain et anti-impérialiste se propage, leurs directions sont contraintes d’y répondre. Dans le cas contraire, elles risquent d’être elles-mêmes discréditées et de perdre leur soutien.

Pression d’en haut

S’ajoute un autre facteur : à la tête des partis populistes de droite se trouvent des nationalistes étroits d’esprit qui doivent en dernière instance défendre les intérêts de « leurs » bourgeoisies nationales et non ceux de Washington. Or la politique « America First » de Trump implique de transformer l’Europe en vassale du capital américain.

Plus les forces populistes de droite se rapprochent du pouvoir gouvernemental, plus leurs directions s’alignent sur les intérêts de leurs classes dominantes respectives. Elles sont donc contraintes d’atténuer leur image ouvertement pro-américaine et favorable au mouvement MAGA. Dans certains cas, elles commencent même à s’inquiéter, face à la crise de l’alliance occidentale, de l’avenir du capitalisme européen. 

Pieds d’argile

Les populistes de droite ne subissent cependant pas seulement la pression de Trump. La principale force de ces partis reste avant tout interne : la colère massive contre l’establishment libéral, qui impose des politiques d’austérité brutales, ainsi que l’échec total de la gauche réformiste à proposer une alternative crédible.

C’est pourquoi Reform UK, l’AfD et le Rassemblement National restent haut placés dans les sondages et devraient enregistrer des gains importants lors des prochaines élections au Royaume-Uni, en Allemagne, en France et ailleurs.

Une partie de la gauche réagit à cela avec du fatalisme et interprète trop vite cette évolution comme une avancée irréversible du fascisme. Mais ce supposé « tournant à droite » n’est en réalité que l’expression d’une polarisation sociale plus profonde, issue de la crise du capitalisme.

Les populistes de droite apparaissent forts parce qu’ils canalisent la colère d’une large partie de la population. En tant que démagogues, ils tentent de plaire à tout le monde en même temps. C’est précisément là que réside leur principale faiblesse : ils sont soumis à des pressions nationales et sociales contradictoires. 

Plus ils se rapprochent du pouvoir, plus ils ressemblent à l’establishment que leurs électeurs rejettent. En Grande-Bretagne par exemple, le vernis radical et anti-establishment de Reform UK s’est en partie estompé. Le parti intègre désormais d’anciens carriéristes conservateurs à des postes de direction et met en œuvre des politiques d’austérité et des hausses d’impôts dans les administrations locales qu’il contrôle. Le gouvernement de Giorgia Meloni en Italie est confronté à des dynamiques similaires, et le fait qu’elle gouverne au niveau national la rend encore plus exposée et discréditée. En Hongrie, Viktor Orban a été battu. 

Si même Donald Trump, à la tête de la puissance impérialiste la plus puissante du monde, n’est pas en mesure de tenir sa promesse d’un « âge d’or » de paix et de prospérité, alors les nains réactionnaires d’une Europe divisée et stagnante ont encore moins de perspectives. Ils ne sont rien d’autre que de petits colosses aux pieds d’argile, destinés tôt ou tard à s’effondrer. 

La seule manière efficace de combattre le populisme de droite consiste à lui retirer sa base sociale. Cela signifie avant tout mener le combat contre les politiques d’austérité et le militarisme de l’establishment libéral sur une base de classe, et construire une véritable alternative à l’impasse du capitalisme et de la division nationale.