La votation de l’initiative UDC « Pas de Suisse à 10 millions ! » s’annonce serrée. D’après les sondages, la moitié, voire une courte majorité, devrait voter « oui ». Ce résultat provoque chez beaucoup d’opposants à l’initiative un choc, de la peur et de l’incompréhension…
Mais cela doit avant tout servir d’avertissement : la stratégie actuelle du PS et des syndicats a échoué. Quiconque veut lutter contre cette initiative doit urgemment en tirer des conclusions. La classe ouvrière a besoin d’une position de classe indépendante.
Cette initiative a du succès, car elle parle ouvertement des problèmes concrets de la classe ouvrière : la pénurie de logements, la hausse des cotisations d’assurance maladie, des écoles surchargées et des transports publics bondés – autant de conséquences d’un capitalisme en crise. Les sondages montrent que moins les travailleurs gagnent – et donc plus les loyers et cotisations les écrasent – plus ils approuvent l’initiative. L’UDC s’appuie aussi sur le sentiment anti-establishment. Moins les travailleurs ont confiance dans l’État bourgeois, plus ils approuvent l’initiative. Ce rejet du statu quo et de ses représentants au Palais fédéral est progressiste.
Mais l’UDC l’exploite hypocritement pour ses propres intérêts. Elle dirige le mécontentement contre les travailleurs étrangers, qu’elle désigne comme boucs émissaires, et attribue à l’immigration tous les problèmes des familles ouvrières. Elle cache ainsi la vérité : oui, il y a bien une minorité de parasites et de criminels responsables de la misère – ce sont les capitalistes, y compris les milliardaires UDC Matter et Blocher !
L’UDC est, depuis des décennies, le principal parti des capitalistes et ne défend absolument pas les intérêts de la majorité salariée face aux élites. Avec sa propagande divisive, elle injecte du venin raciste au sein d’une classe ouvrière qui a plus en plus de mal à joindre les deux bouts en pleine crise du capitalisme.
On ne peut briser cette logique populiste anti-establishment qu’en prenant pour point de départ la crise du capitalisme : en reconnaissant les problèmes de la classe ouvrière et en proposant, à la place des pseudo-solutions faites pour la diviser, de véritables solutions socialistes.
Or, à gauche, les organisations de masse réformistes font tout le contraire. Le conseiller fédéral du Parti socialiste, Beat Jans, a déclaré dans l’émission Arena de la SRF : « La situation n’est pas si mauvaise en Suisse.» Meyer, la coprésidente du Parti socialiste, alertait lors d’un débat avec Dettling, le président de l’UDC, que cette initiative plongerait inutilement la « Suisse prospère » dans une crise économique.
L’argumentation de la gauche réformiste se résume à : « Aujourd’hui, la Suisse se porte bien, et cette initiative va tout casser.» Il s’agit ni plus ni moins d’un déni total des problèmes de la classe ouvrière et d’une défense du statu quo, de plus en plus haï, sans proposer la moindre alternative.
Au lieu d’entrer en lutte contre les capitalistes, le PS et les syndicats s’enchaînent, matériellement et idéologiquement, à l’establishment bourgeois et à sa campagne du « Non ». Le budget du camp du « Non » atteint 9 millions de francs, un record, dont plus de la moitié provient de la fédération patronale Economiesuisse. Le président du Centre, Gerhard Pfister, le résume d’ailleurs sans détour : « Qui paie, commande. » De son côté, Meyer va jusqu’à donner raison à Spuhler, mécène de l’UDC et propriétaire milliardaire de Stadler Rail, qui se présente comme un entrepreneur conscient de l’importance des relations avec l’UE.
Si la gauche ne propose pas d’autre solution, une partie de la classe ouvrière votera pour les solutions réactionnaires et illusoires de la droite. Il ne faut pas s’en étonner. Pire : faute de voir les véritables motivations de classe de ce soutien, les réformistes tombent dans un moralisme arrogant et petit-bourgeois, et rejettent la faute sur la classe ouvrière. Ils traitent simplement ceux qui votent « Oui » d’idiots racistes. Au lieu d’unir la classe ouvrière autour de ses intérêts communs et contre l’establishment, ils reproduisent ainsi les divisions promues par l’UDC.
Les communistes rejettent catégoriquement cette initiative sur la base d’une position de classe prolétarienne. Elle divise notre classe et canalise la colère et le mécontentement légitimes dans une direction réactionnaire erronée.
Mais la vérité est que, tant que les organisations de masse à gauche ne prennent pas un tournant radical, ne rompent pas avec la bourgeoisie et ne proposent pas un programme global contre l’ensemble de la crise capitaliste, la classe ouvrière ne pourra pas gagner, et ce quel que soit le résultat du vote.
Car même un rejet de l’initiative renforcera la position factice de l’UDC comme seul parti d’opposition, tandis que la classe ouvrière divisée ne saura toujours pas comment s’organiser efficacement face à la crise du coût de la vie.
La classe ouvrière a besoin de toute urgence d’un parti qui s’appuie pleinement sur la lutte des classes et déclare la guerre à l’UDC, à l’establishment et au capitalisme dans son ensemble. Nous appelons tous les jeunes et tous les travailleurs à nous soutenir dans cette lutte.
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