Le sommet du Groupe des Sept, réunissant les principales puissances impérialistes occidentales, se tiendra du 15 au 17 juin à Évian. Depuis le sommet de 2003, le monde a profondément changé. Le G7 n’est plus l’expression d’une domination incontestée, mais le reflet d’un impérialisme occidental en crise.

Le G7 est fondé dans les années 1970 à la suite du choc pétrolier, qui provoque la première grande crise du capitalisme après les « Trente Glorieuses ». Sous l’impulsion des États-Unis, il devient un instrument permettant de repousser la crise à travers la mondialisation, les privatisations et la dérégulation financière.

Les États-Unis étendent leur « parapluie sécuritaire » à l’Europe, permettant ainsi aux puissances européennes de continuer à jouer un rôle central sur la scène mondiale. À cette époque, les pays du G7 représentent près de 70 % du PIB mondial.

Après la chute de l’URSS au début des années 1990, le monde se retrouve sous la domination quasi-totale des États-Unis. Pour les puissances impérialistes occidentales, cette période apparaît, selon la formule célèbre de Francis Fukuyama, comme « la fin de l’histoire » : le capitalisme aurait triomphé, l’Occident dominerait durablement le monde et cet ordre serait appelé à durer indéfiniment. Pourtant, en trente ans, cette situation s’est inversée. 

Le déclin relatif de l’impérialisme occidental

Sous la surface, un changement des rapports de force se préparait depuis longtemps et éclate désormais au grand jour. Le poids économique des puissances occidentales a fortement reculé. En 2023, les pays du G7 ne représentent plus qu’environ 45 % du PIB mondial. Dans le même temps, d’autres puissances, en particulier la Chine, sont devenues capables de rivaliser directement avec les États-Unis. La Chine représente aujourd’hui près de 18 % du PIB mondial, contre environ 1,6 % en 1990.

Cela s’est illustré lors de la dernière rencontre entre Trump et Xi Jinping en mai dernier. Les États-Unis n’obtiennent aucune concession de la Chine. Au contraire, Xi Jinping profite de l’occasion pour rappeler que toute mauvaise gestion de la question taïwanaise pourrait ouvrir la voie à un conflit majeur. Cette rencontre confirme une évolution visible depuis plusieurs années : la Chine n’est plus une puissance secondaire dominée, mais un adversaire stratégique capable de tenir tête aux États-Unis. 

Ce changement dans les rapports de force ne débouche certainement pas sur l’acceptation pacifique d’un nouvel ordre international. Il entraîne au contraire un affrontement entre les grandes puissances, chacune cherchant à défendre ou à étendre sa sphère d’influence. La mondialisation recule au profit du protectionnisme. À la coexistence relativement pacifique sous hégémonie américaine succède une lutte féroce pour les marchés et les zones d’influence. 

Cette dynamique ne se limite pas au terrain économique, mais s’exprime de plus en plus sur le plan militaire. La guerre en Ukraine et les tensions autour de l’Iran s’inscrivent dans les tentatives de l’impérialisme états-unien de défendre sa position hégémonique et d’affaiblir ses adversaires. Mais loin de renforcer l’impérialisme occidental, ces conflits révèlent au contraire ses faiblesses et accélèrent son déclin. 

La guerre en Ukraine visait à affaiblir la Russie et à l’isoler sur la scène internationale. Le résultat est que l’Europe s’est retrouvée privée du gaz russe bon marché. La Russie sort renforcée de cette guerre et s’est rapprochée davantage de la Chine.

La guerre contre l’Iran constituait une tentative de contrer la perte d’influence de l’Occident au Moyen-Orient. Le régime états-unien cherchait à affaiblir l’Iran, principal concurrent de l’impérialisme américain et de l’allié israélien dans la région. Là aussi, la mission « Epic Fury » se transforme en « Epic Fail » et produit l’effet inverse : les États-Unis sont incapables d’atteindre leurs objectifs de guerre et montrent, à travers ce processus, qu’ils ne sont plus la puissance mondiale toute-puissante d’autrefois.

Dans les deux cas, ils renforcent le camp adverse (Russie, Iran, Chine), tout en fragilisant leur propre bloc et en accentuant les tensions au sein du bloc occidental.

Rupture de l’alliance transatlantique

Les États-Unis restent la première puissance mondiale mais doivent désormais concentrer leurs efforts sur la Chine, reléguant l’Europe au second plan. Cette réorientation place les dirigeants européens dans une position contradictoire. 

En Ukraine, l’Europe a été entraînée dans un conflit largement contraire à ses intérêts et dont elle paie aujourd’hui le prix fort, notamment à travers la crise énergétique. Elle se retrouve face à une Russie renforcée, devenue un concurrent direct sur plusieurs terrains, en Europe de l’Est, en Afrique et au Moyen-Orient. Les États européens cherchent ainsi à éviter un retrait américain du continent tout en poussant à la poursuite de la guerre.

Dans le cas de l’Iran, ils évitent la confrontation avec Washington tout en craignant d’être associés à cette guerre impopulaire. 

Loin de l’image d’une alliance stable et harmonieuse, les relations transatlantiques se dirigent vers une rupture. Trump annonce des tarifs douaniers contre l’Union européenne, tandis que les États-Unis exercent une pression croissante pour que les Européens assurent eux-mêmes leur sécurité militaire.

Résultat : les sommets du G7 ne débouchent sur aucune position commune. Les tensions s’expriment désormais ouvertement entre dirigeants occidentaux. Ainsi, lorsque Merz critique la stratégie américaine en Iran, Trump répond par des menaces de retrait des troupes américaines stationnées en Allemagne et rappelle le faible soutien dont bénéficie Merz. 

Crise en Europe

Dans ce nouvel ordre mondial, les pays européens sont les grands perdants. Pendant des décennies, la stabilité du continent reposait sur l’alliance avec la principale puissance mondiale, les États-Unis. Mais cette situation se retourne désormais contre eux. Privée du soutien stratégique américain et du « dividende de la paix » qui a suivi la fin de la guerre froide, l’Europe impérialiste se retrouve confrontée à une menace existentielle. À ses frontières, la Russie a renforcé sa position militaire et politique, tandis que la Chine cherche de plus en plus à s’imposer comme un acteur économique majeur sur le continent européen. 

Cette pression extérieure s’exerce dans un contexte de crise économique profonde, marqué par la désindustrialisation progressive de plusieurs économies européennes et par l’endettement massif des États. Dans le même temps, les divisions internes s’aggravent : chaque État, confronté à son propre déclin relatif, tend à défendre ses intérêts nationaux immédiats au détriment d’une stratégie commune, ce qui fragilise encore davantage la cohésion européenne.

Dans ces conditions, l’Europe apparaît de plus en plus comme un terrain vulnérable, exposé aux rivalités des grandes puissances qui cherchent à rediviser le monde.

À cela s’ajoute le fait que les puissances européennes sont contraintes d’augmenter massivement leurs dépenses militaires dans une tentative désespérée de remplacer le parapluie sécuritaire assuré jusqu’à présent par les États-Unis. Cela implique inévitablement de nouvelles coupes drastiques dans les dépenses sociales, aggravant l’instabilité politique à travers le continent.

Explosion sociale

Les dirigeants européens font face à une crise politique majeure. Partout, la confiance dans les gouvernements, les partis traditionnels et les institutions s’effondre. Au Royaume-Uni, Keir Starmer a connu un revers lors des dernières élections locales. En France, la bourgeoisie est incapable de mettre en place un gouvernement stable capable d’appliquer son programme d’austérité. En Allemagne, seuls 13 % des sondés se disent satisfaits de Merz, un record après seulement une année au pouvoir. 

Tout cela prépare le terrain à une montée massive de la lutte des classes en Europe. Une tempête est en train de se lever sur le continent et annonce une période d’explosions sociales comme on n’en avait plus vu depuis des décennies. Les premiers signes sont déjà visibles : le mouvement « Bloquons tout » en France ou encore la grève générale de soutien à la Palestine en Italie en octobre dernier. 

Le petit impérialisme suisse fait partie du camp occidental et son modèle de réussite reposait sur l’ancien ordre mondial fondé sur la mondialisation et l’hégémonie américaine. Or, cette base est en train de s’effondrer. Dans ce nouveau contexte, la bourgeoisie suisse fera elle aussi payer la crise à la classe ouvrière à travers des politiques d’austérité, des attaques sociales et une dégradation générale des conditions de vie. La lutte contre l’impérialisme commence donc ici aussi, contre notre propre classe dirigeante.

Aujourd’hui, le G7 n’est plus un bloc fort et uni ; son système et son ordre mondial traversent une crise profonde. Mais le G7 reste uni sur un point fondamental : défendre les intérêts du capitalisme occidental, piller le reste du monde et tenter de préserver son ordre impérialiste. Seul le renversement de l’impérialisme peut ouvrir une issue favorable à la classe ouvrière du monde entier.