La guerre en Iran, lancée de manière irresponsable par Trump, se transforme en défaite stratégique pour l’impérialisme américain. Cette défaite pourrait avoir de lourdes conséquences sur l’économie mondiale, la place des États-Unis en tant que grande puissance mondiale et les relations internationales en général.
Nous en sommes maintenant à la 7ème semaine de la guerre d’agression américano-israélienne contre l’Iran. Les États-Unis n’ont encore atteint aucun de leurs objectifs. Le président Trump voulait contraindre l’Iran à mettre fin à son programme d’enrichissement nucléaire ; se débarrasser de son programme de missiles balistiques ; stopper son soutien aux groupes pro-iraniens dans la région ; et surtout, un changement de régime. C’est-à-dire, l’instauration à Téhéran, une fois de plus, d’un régime soumis aux États-Unis.
Depuis le 27 février, les États-Unis et Israël ont mené en Iran plus de 24’000 frappes sur des cibles militaires, civiles et des infrastructures. Pourtant, l’Iran n’a pas été contraint de céder quoi que ce soit. Le régime iranien n’est pas seulement toujours debout, a été renforcé et est en mesure de mobiliser un soutien populaire bien plus important qu’avant le début de la guerre.
En réalité, l’Iran n’a pas seulement prouvé sa résilience et sa capacité à encaisser les coups — pour Téhéran, il s’agit d’une guerre existentielle — mais il a avant tout démontré sa capacité à infliger des pertes à ses ennemis et à leurs alliés, aussi bien par des frappes sur des cibles militaires que sur des infrastructures. Surtout, il a démontré sa capacité à infliger d’énormes dommages à l’économie mondiale en commençant par fermer, puis en contrôlant le passage des navires à travers le détroit d’Ormuz, artère vitale du commerce international.
Donald Trump se trouve maintenant dans une impasse. Quoi qu’il fasse, ce sera une erreur. Se retirer de la guerre sans avoir accompli quoi que ce soit serait une défaite humiliante qu’il ne peut pas accepter. Tout d’abord, parce qu’il est narcissique et mégalomane, mais aussi à cause des énormes coûts politiques que cela représenterait pour lui.
La seule autre possibilité qui s’offre à lui serait une intensification du conflit. Cette option a été écartée, du moins pour le moment. Ses stratèges militaires ont dû prévenir Trump que les risques liés à une opération terrestre étaient énormes, notamment en termes de pertes humaines du côté des forces américaines.
Les États-Unis ont également évoqué l’idée de “ramener l’Iran à l’âge de pierre” à travers une série de bombardements d’infrastructures civiles (ponts, dépôts pétroliers, usines de dessalement). Ce plan a également été abandonné, dès que l’Iran a montré sa capacité à riposter de la même manière, menaçant de frapper les mêmes types d’infrastructures dans les pays du Golfe.
Les tentatives de Washington de convaincre les puissances européennes de rouvrir le détroit d’Ormuz via la force militaire ont également échoué. L’Allemagne et la France n’étaient pas disposées à mener ce qui s’apparentait à une mission suicide.
C’est dans ce contexte qu’a été instauré le cessez-le-feu actuel, ainsi que le premier cycle de négociations infructueuses à Islamabad. Comme on pouvait s’y attendre, les négociations se sont soldées par un échec après près de 20 heures de discussions ininterrompues. Il n’y a absolument aucun terrain d’entente entre les propositions contenues dans le document iranien en dix points et celui des Américains en quinze points, qui reviennent à demander la capitulation de l’Iran. L’impérialisme américain subit une défaite stratégique sur le champ de bataille, mais prétend avoir atteint tous ses objectifs à la table des négociations !
Tôt ou tard, cette guerre se terminera par une sorte d’accord, que ce soit par un traité signé ou une entente de facto. Ce qui devient de plus en plus clair est que l’issue sera nettement plus favorable à l’Iran qu’aux États-Unis.
Le coût pour Trump et les États-Unis, causé par l’impact que cela aura sur l’économie mondiale, risque de devenir insoutenable avant même qu’ils ne puissent forcer l’Iran à faire des concessions. Pendant ce temps, l’Iran dispose encore de moyens pour infliger des dommages aux États-Unis qu’il n’a toujours pas utilisés. À titre d’exemple, si les Houthis du Yémen entraient dans le conflit, ils pourraient fermer le détroit de Bab-el-Mandeb donnant sur la mer Rouge, un autre goulot d’étranglement majeur pour l’économie mondiale.
Cette guerre, la première véritable guerre de Trump, aura des conséquences importantes. Ce sera une défaite majeure pour Trump, qui va énormément affaiblir la position des États-Unis dans le monde ainsi que sa propre position politique sur le plan intérieur. C’est la raison pour laquelle ses publications sur les réseaux sociaux sont devenues de plus en plus erratiques, frénétiques et empreintes de frustration — s’en prenant aux influenceurs MAGA, au pape, devenant toujours plus instable d’un jour à l’autre.
Une défaite en Iran pourrait rendre l’administration Trump plus encline à se lancer dans une nouvelle aventure à l’étranger, dans un contexte où elle pense pouvoir remporter une victoire rapide avant les élections de mi-mandat, afin de détourner l’attention de l’échec au Moyen-Orient. Cuba figure en bonne place sur la liste. Ce serait un autre pari énorme pour l’impérialisme américain.
De l’autre côté, une victoire de l’Iran renforcerait son influence dans la région après avoir subi un revers important en Syrie.
Cette guerre risque également de se traduire par une défaite majeure pour les intérêts d’Israël dans la région, et peut-être par le début de la fin pour Netanyahou. Au Liban, il n’a clairement pas atteint ses objectifs la dernière fois, et il ne les a pas davantage atteints cette fois-ci. S’il est contraint de mettre fin à cette guerre, il pourrait décider de lancer une nouvelle campagne d’extermination contre les Palestiniens, avec l’annexion formelle de la Cisjordanie. Quoi qu’il fasse, Israël en sortira affaibli, ce qui mettra au premier plan les contradictions déjà aiguës au sein de la société israélienne.
Les pays du Golfe s’interrogent déjà sur ce qui les attend, maintenant que l’alliance avec les États-Unis s’est révélée si coûteuse. Ils font des avances à la Russie et à la Chine, et seront contraints de réévaluer leurs relations avec l’Iran.
Cela renforcera également la position de la Russie et de la Chine dans le monde, ainsi que leur collaboration avec l’Iran. Une défaite américaine poussera un certain nombre de pays à prendre leurs distances avec les États-Unis et à se rapprocher de leurs adversaires. Nous en voyons déjà les premiers signes avec le voyage du Premier ministre espagnol en Chine ou avec les déclarations virulentes de la Corée du Sud à l’égard d’Israël.
La guerre a également approfondi le fossé entre les États-Unis et l’Europe. Il semble se dessiner une volonté croissante parmi les dirigeants européens de tenir tête à Trump. Ils n’ont pas été consultés au sujet de la guerre. À des degrés divers, ils ont refusé de s’impliquer directement, bien que certains aient offert un soutien logistique important. Néanmoins, la mesure dans laquelle l’Europe peut définir sa propre voie distincte et opposée à celle des États-Unis reste limitée.
Une défaite de Trump en Iran affaiblirait également les forces de la droite populiste en Europe et ailleurs, qui se sont développées dans son sillage. Ces figures et partis de la droite populiste pourraient devoir réévaluer leur soutien à Trump et adopter une approche plus nationaliste. Mais, comme aux États-Unis, ils seront discrédités une fois confrontés à l’épreuve du pouvoir.
Finalement, il ne faut pas oublier que même si la crise iranienne venait à se résoudre demain — ce qui est très peu probable —, l’impact économique serait durable. Que ce choc à lui seul conduise à une récession mondiale reste à voir. Mais l’impact politique de la hausse des prix de l’essence se fait déjà sentir sous la forme d’un désenchantement envers Trump aux États-Unis et de barrages routiers de fermiers et de transporteurs en Irlande.
Ce qui a commencé comme un pari énorme de la part de Trump apparaîtra rétrospectivement non seulement comme un tournant important dans l’effondrement de la présidence Trump, mais aussi comme une étape clé du déclin de l’impérialisme américain.
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