L’initiative de l’UDC divise la gauche. La véritable alternative ne se trouve pas sur le bulletin de vote. Face à la guerre et à l’impérialisme, il nous faut une position de classe internationaliste et révolutionnaire.
L’ « initiative sur la neutralité » de l’UDC sera soumise au vote le 27 septembre. Elle divise la gauche en deux camps : le PS et la JS, issus de la tradition sociale-démocrate, rejoints par les Verts, combattent l’initiative, tandis que le Parti Suisse du Travail (PST-POP) et d’autres petites organisations, majoritairement issus de la tradition stalinienne, la soutiennent.
Ces deux camps de gauche défendent des positions opposées. Toutefois, ils sont tous les deux incapables d’aborder la question de la neutralité et de la guerre du point de vue de la classe ouvrière. Voilà le résultat de la dégénération nationaliste et réformiste de ces deux courants, un processus amorcé il y a plusieurs décennies. En conséquence, ils finissent tous deux par défendre le statu quo impérialiste.
L’initiative de l’UDC vise à instaurer une « neutralité armée » plus stricte pour la Suisse. À cette fin, elle réclame la non-adhésion à des alliances militaires, telles que l’OTAN, ainsi que l’interdiction de participer à des guerres par des moyens non militaires, comme des sanctions.
Derrière les grands slogans de « paix » et de « sécurité nationale » se cache en réalité, l’impasse du capitalisme suisse. La « neutralité » a toujours servi d’instrument pour faire valoir les intérêts de l’impérialisme suisse, riche mais petit. Sous couvert de « valeurs humanitaires », la Suisse devait se tenir à l’écart des affaires politiques et militaires, permettant ainsi aux banques, aux grandes entreprises et aux négociants en matières premières suisses de réaliser, dans l’ombre des grandes puissances, les meilleures affaires avec tous les prédateurs capitalistes de la planète.
Toutefois, ce modèle de « neutralité » traverse une crise dans le contexte mondial actuel, marqué par la formation de blocs et des conflits impérialistes ouverts. C’est ce qu’a révélé dernièrement le déclenchement de la guerre en Ukraine en 2022. À l’époque, le Conseil fédéral a d’abord tenté de maintenir la Suisse dans une position « neutre ». Cependant, sous la pression de l’impérialisme américain et européen, il a rapidement cédé. La Suisse s’est jointe aux sanctions occidentales contre la Russie, se mettant ainsi à dos l’autre camp. Par conséquent, la Russie ne considère plus aujourd’hui la Suisse comme un pays neutre, mais comme une partie au conflit.
Depuis, on observe une lutte intestine dans la classe capitaliste suisse, concernant l’interprétation de la neutralité. Le courant dominant libéral, Conseil fédéral, PLR/Le Centre, Economiesuisse, la NZZ, redoute qu’une « neutralité stricte » n’entraîne un « isolement de la Suisse vis-à-vis de ses partenaires occidentaux » ainsi que des « risques pour le commerce extérieur et l’accès aux marchés » (Economiesuisse). Ils plaident donc pour une « neutralité plus flexible », censée laisser une marge de manœuvre pour un rapprochement avec l’UE et l’OTAN. À l’inverse, l’UDC craint qu’un tel rapprochement ne nuise aux profits des banques et des entreprises de négoce. Par conséquent, elle prône, à travers son initiative, une « neutralité stricte » afin de pouvoir continuer à commercer librement avec la Russie et la Chine.
La classe ouvrière n’a rien à gagner dans cette querelle. Les deux camps se disputent uniquement pour savoir comment les capitalistes suisses peuvent le mieux préserver leurs profits dans la conjoncture mondiale actuelle. Tragiquement, la gauche suisse s’est divisée précisément sur cette ligne de fracture de la bourgeoisie.
Le PS et la JS rejettent résolument cette initiative « pro-Poutine ». Si un « État agresseur» comme la Russie envahit l’Ukraine, la Suisse n’aurait pas le droit de rester neutre. Les sociaux-démocrates s’opposent avant tout à l’interdiction des sanctions. Une telle mesure « placerait de facto la Suisse dans le camp du régime de Poutine tout en la positionnant contre notre partenaire principal, l’UE ».
Certes, le PS et la JS touchent en partie juste lorsqu’ils démasquent les véritables intentions de l’UDC : « L’UDC ne veut pas garantir la paix », mais « permettre à la Suisse de tirer des profits de guerre ». Mais ce qui est scandaleux, c’est qu’ils exploitent cet aspect de la vérité pour au final soutenir l’OTAN dans sa guerre impérialiste.
Car c’est bien de cela qu’il s’agit en Ukraine : une guerre inter-impérialiste opposant les impérialistes occidentaux à la Russie, sur sol ukrainien. Les Ukrainiens n’ont jamais eu leur mot à dire ; ils servent de pions dans la lutte des grandes puissances impérialistes pour des zones d’influence.
Depuis 2022, les sociaux-démocrates sont les plus ardents partisans des sanctions contre la Russie — et donc des mesures de guerre occidentales non militaires. Peu importe ce qu’ils croient accomplir, de fait ils se mettent ainsi au service des impérialistes européens et américains.
Oui, face à la guerre, nous ne pouvons rester neutres. Les communistes choisissent toujours un camp. Mais la vraie opposition n’est pas entre un gentil Occident « démocratique » et de méchants « États agresseurs » comme la Russie. Celui qui arrive à s’extirper du torrent assourdissant de la propagande occidentale et à examiner sobrement les développements depuis les années 1990 le reconnaîtra: c’est l’impérialisme occidental qui a causé cette guerre atroce, et aujourd’hui il continue de l’alimenter. L’OTAN est et reste la force la plus réactionnaire de la planète.
La classe ouvrière de tous les pays n’a aucun intérêt dans leurs guerres. Voilà notre camp: celui de la classe ouvrière internationale contre les dirigeants impérialistes de tous nos pays, à commencer par la Suisse. L’ennemi principal est dans notre propre pays.
Le PST-POP adopte la position opposée. Il voit dans cette initiative une « occasion inespérée d’envoyer un signal clair en faveur de la paix et contre l’OTAN ». Nous partageons le rejet de l’OTAN, de l’impérialisme américain et de leurs guerres. Mais alors, comment lutter pour la paix et contre l’OTAN et l’impérialisme ? Certainement pas en entretenant des illusions envers la neutralité suisse !
Le PST-POP présente l’initiative comme un « outil » au service d’une « Suisse neutre », « qui ne se soumet pas à la politique impérialiste et belliciste de l’UE et des États-Unis ». Il conçoit cette Suisse neutre « comme une force œuvrant pour la résolution pacifique des conflits et la solidarité avec les peuples opprimés ». Mais la Suisse n’est-elle pas elle-même impérialiste ? Comme si les impérialistes ne siégeaient qu’à Washington, Berlin et Paris !
Le PST-POP est un parti qui se réclame encore de Lénine. Il a oublié ce que Lénine expliquait, durant la Première Guerre mondiale, aux courants du mouvement ouvrier suisse qui défendaient la neutralité : que l’impérialisme ne signifie pas seulement une expansion territoriale, mais aussi financière ; que la Suisse riche exploite les peuples des pays pauvres par l’exportation de capitaux ; qu’elle a « non seulement un »gouvernement bourgeois», mais aussi un gouvernement bourgeois impérialiste, grâce aux nombreuses liaisons du capital bancaire suisse».
Le PST-POP explique très clairement comment les sanctions contre le Venezuela, l’Iran, le Nicaragua ou la République démocratique du Congo ne sont que des « mesures de discipline impérialistes » visant à « appauvrir ces pays ». Mais la Suisse serait-elle moins impérialiste sans ces sanctions? Les travailleurs du monde non-occidental produisent 90% de la richesse mondiale mais n’en perçoivent que 21%. La riche Suisse se tient à la pointe du système impérialiste mondial, dans lequel l’impérialisme occidental s’accapare systématiquement chaque année des milliers de milliards de dollars provenant du travail non payé des pays pauvres. L’impérialisme suisse n’est pas plus louable s’il n’exploite « que » de manière économique. S’il n’intervient pas militairement à l’étranger c’est uniquement parce qu’il est trop petit. Il laisse donc l’impérialisme américain se charger des guerres et des coups d’État pour ensuite cacher son pillage derrière le masque « humanitaire » de la « neutralité ». La bourgeoisie impérialiste suisse est tout autant responsable de la guerre et de la misère dans le monde.
Mais le PST-POP ne dit pas un mot des capitalistes suisses! Il occulte le caractère de classe de l’État suisse, et par conséquent la nécessité de la révolution. Comment cette Suisse « neutre» pourrait-elle incarner une force de paix et de solidarité? Tant que la bourgeoisie est au pouvoir, la Suisse sera impérialiste et tant qu’elle est impérialiste, il n’y a pas de Suisse « solidaire » qui tienne. Et la bourgeoisie restera à la tête de la société jusqu’à ce que la classe ouvrière prenne le pouvoir par la révolution et exproprie les capitalistes. Quiconque ne le dit pas clairement et entretient au contraire l’illusion qu’une Suisse « neutre » (impérialiste !) pourrait jouer un rôle progressiste, ment à la classe ouvrière et ne lutte pas pour la paix.
La tâche des communistes n’est pas de déblatérer les mêmes mots d’ordre que la bourgeoisie emploie pour tromper la classe ouvrière. Notre devoir est, selon les mots de Lénine, de « démasquer sans illusions et impitoyablement notre propre bourgeoisie »
Le PST-POP préfère plutôt parler de « coexistence pacifique avec la Chine et la Russie ». Ils ne peuvent toutefois pas nous expliquer comment cette « coexistence pacifique » serait possible au sein du capitalisme, à ce stade de sa décadence impérialiste. Aucune paix n’est possible dans un capitalisme où les puissances impérialistes sont en lutte acharnée pour des parts de marché, des matières premières et des zones d’influence.
Quiconque veut la paix, doit lutter pour renverser ce système et une seule force est en mesure de le faire. Certainement pas la Suisse « neutre » comme le fabule le PST-POP, ni l’ONU qui a révélé son incapacité totale à empêcher des guerres à tous ceux qui assistent au génocide à Gaza. Mais seule la classe ouvrière internationale en est capable.
Les communistes ne sont pas pour l’abstention par principe. Mais dans cette votation, il n’y a aucune voie pour la classe travailleuse, les deux sont réactionnaires. Le fait que la gauche cède sur cette question, constitue une leçon tragique et un avertissement sur les conséquences de l’abandon des idées révolutionnaires du marxisme.
Les sociaux-démocrates deviennent des bellicistes au service des impérialistes les plus puissants et les staliniens commencent avec de nobles intentions, mais faute d’un point de vue prolétarien, finissent par adopter un pacifisme petit-bourgeois impuissant, qui alimente les illusions sur l’impérialisme suisse et la possibilité de paix au sein du capitalisme.
La seule véritable option ne se trouve pas sur le bulletin de vote: la construction urgente de l’Internationale Communiste Révolutionnaire. Nous adoptons une position internationaliste ouvrière conséquente parce que nous prenons la théorie marxiste au sérieux. Comme l’a dit Lénine aux socialistes suisses à l’époque: « Pour se défendre contre [les guerres impérialistes], il n’existe actuellement aucun autre moyen que la lutte de classe, révolutionnaire et internationaliste, contre la bourgeoisie ! »
Neutralité, guerres, guerres commerciales, etc. Les organisations du mouvement ouvrier suisse apportent des réponses diverses, parfois contradictoires aux grandes questions liées à la situation mondiale. Mais tous argumentent à partir du même point de vue: « la Suisse ».
L’USS: « La Suisse a besoin d’une stratégie active et intelligente en termes de commerce extérieur ». Le PS: « La Suisse doit s’engager aux côtés de l’Europe en faveur de la souveraineté démocratique ». Le PST-POP: « La Suisse doit défendre sa souveraineté sans compromis ».
Mais qui est cette Suisse? « la Suisse » est divisée en classes: il y la Suisse d’une infime minorité, la Suisse des riches, des capitalistes; et il y a la Suisse d’une grande majorité, la Suisse d’en bas, de la classe ouvrière.
Les premiers contrôlent l’économie, l’état, les médias et tant qu’ils ont le pouvoir en main, « la Suisse » sera toujours la Suisse bourgeoise et impérialiste.
Ceux qui adoptent le point de vue de « la Suisse » adoptent celui de la classe capitaliste au pouvoir. Une classe qui doit tenter désespérément de préserver ses profits face à une concurrence de plus en plus rude, ce qui ne peut se faire qu’au détriment de la classe ouvrière. Ils rendent ainsi la classe ouvrière otage de la classe dominante, de ses profits, de ses mesures d’austérités, de son réarmement et de ses guerres.
Nous avons besoin d’une position indépendante, la position de la classe ouvrière et de la révolution socialiste.
Oeuvres complètes Lénine, tome 23, p.278
1. Н. Greulich déclare au début de son premier article qu’il existe actuellement des «socialistes » (il entend sans doute de prétendus socialistes) qui «font confiance aux gouvernements des junkers et des bourgeois ». Cette accusation portée contre une tendance du « socialisme » contemporain, plus précisément contre le social-patriotisme, est évidemment juste. Mais que démontrent les quatre articles du camarade H. Greulich, sinon qu’il a une «confiance» tout aussi aveugle dans le « gouvernement bourgeois » de la Suisse ?? Il oublie même que ce dernier est non seulement un «gouvernement bourgeois », mais aussi un gouvernement bourgeois impérialiste, grâce aux nombreuses liaisons du capital bancaire suisse.
2. H. Greulich reconnaît dans le premier article qu’il y a deux courants principaux dans l’ensemble de la social-démocratie internationale. Il définit à bon droit l’un d’eux (le courant social-patriote, assurément ), en stigmatisant ses adeptes comme des « agents » des gouvernements bourgeois.
Mais Greulich oublie étrangement, en premier lieu, que les social-patriotes suisses sont aussi les agents du gouvernement bourgeois de la Suisse ; en second lieu, qu’on ne peut pas davantage détacher la Suisse bourgeoise actuelle, hautement développée et extrêmement riche, du réseau des rapports impérialistes mondiaux, qu’on ne peut en général la détacher du marché mondial; en troisième lieu, qu’on ferait bien d’examiner les arguments invoqués pour et contre la défense de la patrie dans l’ensemble de la social-démocratie internationale, et notamment en connexion avec ces rapports impérialistes mondiaux du capital financier ; en quatrième lieu, qu’il est impossible de concilier les deux principaux courants de la social-démocratie internationale et que, par conséquent, le Parti suisse doit choisir le courant qu’il veut suivre.
3. Dans son deuxième article, H. Greulich déclare que « la Suisse ne peut pas faire une guerre offensive ». Greulich oublie singulièrement le fait incontestable et évident que, dans les deux cas possibles, — soit que la Suisse s’allie à l’Allemagne pour combattre l’Angleterre, soit qu’elle s’allie à l’Angleterre pour combattre l’Allemagne — dans les deux cas, la Suisse participera à une guerre impérialiste, à une guerre de pillage, à une guerre offensive. En tout état de cause, la Suisse bourgeoise ne saurait modifier le caractère de la guerre actuelle, ni mener, en général, une guerre anti-impérialiste. Est-il admissible que Greulich abandonne le « domaine des faits » ( voir son quatrième article ) et parle d’on ne sait quelle guerre imaginaire au lieu de parler de cette guerre ?
4. H. Greulich déclare dans son deuxième article : « Neutralité et défense de la patrie sont identiques pour la Suisse. Quiconque répudie la défense de la patrie met en danger la neutralité. C’est ce qu’il faut comprendre. » Deux questions très simples au camarade Greulich : d’abord, ne faudrait-il pas comprendre que la foi dans les déclarations de neutralité et dans les intentions de protéger celle-ci au cours de cette guerre n’indique раs seulement qu’on a une confiance aveugle dans son « gouvernement bourgeois » et dans les autres « gouvernements bourgeois », mais qu’elle est aussi tout bonnement ridicule ? Ensuite, ne faudrait-il pas comprendre que, en réalité, les choses se présentent ainsi : Quiconque admet la défense de la patrie dans cette guerre devient l’auxiliaire de «sа» bourgeoisie nationale qui, en Suisse aussi, est manifestement impérialiste, parce que liée financièrement aux grandes puissances et prise dans l’engrenage de la politique impérialiste mondiale. Quiconque rejette la défense de la patrie dans cette guerre détruit la confiance du prolétariat dans la bourgeoisie et aide le prolétariat international à lutter contre la domination de la bourgeoisie.
5. Н. Greulich déclare à la fin du deuxième article: « En supprimant la milice en Suisse, nous n’éliminerons pas pour autant les guerres entre les grandes puissances. » Pourquoi le camarade Greulich oublie-t-il que les social-démocrates, par conséquent, n’envisagent de supprimer toutes les armées ( et aussi la milice ), qu’après la victoire de la révolution sociale ? qu’il s’agit précisément à l’heure actuelle de lutter pour la révolution sociale en alliance avec les minorités révolutionnaires internationalistes de toutes de les grandes puissances ? De qui Greulich attend-il la suppression des guerres entre grandes puissances » ? Serait-ce par hasard de la miliсе d’un petit Etat bourgeois de 4 millions d’habitants ? Nous autres, social-démocrates, attendons la suppression « des guerres entre grandes puissances » de l’action révolutionnaire du prolétariat de toutes les puissances, grandes et petites.
6. Dans son troisième article, Greulich affirme que les ouvriers suisses doivent « défendre » la « démocratie »!! Le camarade Greulich ignore-t-il vraiment que, dans cette guerre, aucun Etat d’Europe ne défend ni ne peut défendre la démocratie ? Au contraire, la participation de à cette guerre impérialiste signifie pour tous les Etats, grands et petits, l’étranglement de la démocratie, la victoire de la réaction sur la démocratie. Greulich ne connaît-il vraiment pas milliers d’exemples fournis dans ce sens par l’Angleterre, l’Allemagne, la France, etc. ? Ou bien le camarade Greulich a-t-il vraiment une si grande « confiance » dans le gouvernement suisse, c’est-à-dire dans son «gouvernement bourgeois », qu’il considère tous les directeurs dе banque et les millionaires suisses comme d’authentiques Guillaume Tell?
Ce n’est pas la participation à la guerre impérialiste ou aux mobilisations prétendument destinées à sauvegarder la neutralité qui peut aboutir au socialisme, mais la lutte révolutionnaire contre tous les gouvernements bourgeois, elle seule et rien d’autre ; or, sans le socialisme, il n’y a aucune garantie pour la démocratie!
7. Le camarade Greulich écrit dans le troisième article : « La Suisse attend-elle donc du prolétariat qu’il »s’entretue dans des combats impérialistes» ?» Cette question prouve que le camarade Greulich se place entièrement sur le terrain national ; mais malheureusement, dans cette guerre, ce terrain-là n’existe pas pour la Suisse.
Ce n’est pas la Suisse qui « attend » cela du prolétariat, mais le capitalisme, qui est devenu un capitalisme impérialiste dans tous les pays civilisés, en Suisse comme ailleurs.
La domination de la bourgeoisie « attend » maintenant du prolétariat de tous les pays qu’il « s’entre-tue dans des combats impérialistes ». Voilà ce qu’oublie Greulich. Pour se défendre contre une telle situation, il n’existe actuellement aucun autre moyen que la lutte de classe, révolutionnaire et internationaliste, contre la bourgeoisie !
Pourquoi Greulich oublie-t-il que déjà le Manifeste de Bâle de l’Internationale, еп 1912, avait reconnu expressément, primo, que le capitalisme impérialiste déterminait le caractère fondamental de la guerre imminente ; et pourquoi oublie-t-il, secundo, que ce même manifeste parlait de la révolution prolétarienne précisément en liaison avec cette guerre ?
8. Greulich écrit dans le troisième article : La lutte de masse révolutionnaire «au lieu de l’exercice des droits démocratiques », voilà «une notion bien vague ». Cela prouve que Greulich admet exclusivement la voie réformiste bourgeoise et repousse ou ignore la révolution. Cela sied à un grütlien, mais en aucun cas à un social-démocrate. Les révolutions sans une « lutte de masse révolutionnaire » sont impossibles. De telles révolutions n’ont jamais existé. Actuellement, au début de la période impérialiste, des révolutions sont inévitables en Europe également.
9. Dans le quatrième article, le camarade Greulich déclare formellement comme « allant de soi » qu’il déposera son mandat de conseiller national si le parti répudie par principe la défense de la patrie. Et il ajoute : cette répudiation signifierait « une violation de notre unité ».
C’est là un ultimatum très clair, catégorique, adressé au parti par les membres social-patriotes du Conseil national. Ou bien le Parti doit accepter les conceptions social-patriotes, ou bien «nous» (Greulich, Müller, etc.) déposons notre mandat,
Mais à vrai dire, de quelle « unité » peut-il être question ? Évidemment d’aucune autre « unité » que celle des chefs social-patriotes avec leurs mandats de conseillers nationaux ?!
L’unité prolétarienne de principe est tout autre chose: les social-patriotes, c’est-à-dire les « défenseurs de la patrie», doivent «s’unir» à l’organisation social-patriote et notoirement bourgeoise de Grütli. Les adversaires de la défense de la patrie, les social-démocrates, doivent «s’unir» au prolétariat socialiste. C’est absolument clair.
Nous avons le ferme espoir que le camarade Greulich ne voudra pas se couvrir de ridicule en cherchant à prouver (malgré les expériences d’Angleterre, d’Allemagne, de Suède, etc.), que l’ «unité » des social-patriotes, des « agents » des gouvernements bourgeois, avec le prolétariat socialiste peut ргоvoquer autre chose que désorganisation, démoralisation, hypocrisie et mensonge manifestes.
10. Le «serment » par lequel les membres du Conseil national s’engagent à sauvegarder l’indépendance du pays est, de l’avis de Greulich, « incompatible » avec le refus de défendre le pays. Fort bien ! Mais y a-t-il une seule activité révolutionnaire qui soit « compatible » avec le « serment » de faire respecter les lois des États capitalistes ?? Les grütliens, c’est-à-dire les valets de la bourgeoisie, n’admettent par principe que les voies légales. Jusqu’à présent, il n’y a pas eu un seul social-démocrate qui ait rejeté les révolutions ou n’ait admis que celles qui sont « compatibles » avec le «serment» de protéger les lois bourgeoises.
11. Greulich nie que la Suisse soit un « Etat bourgeois de classe … dans le sens absolu du terme ». П définit le socialisme (à la fin du quatrième article) de telle manière que la révolution sociale et toute action révolutionnaire disparaissent entièrement. La révolution sociale est une « utopie », tel est le sens, en bref, de tous les longs discours où articles de Greulich. Fort bien ! Mais c’est du grütli-anisme de la plus belle eau, et non du socialisme. C’est du réformisme bourgeois, et non du socialisme.
Pourquoi le camarade Greulich ne propose-t-il pas ouvertement de rayer les mots «révolution prolétarienne » du Manifeste de Bâle de 1912, de biffer les mots « actions révolutionnaires de masse » de la décision d’Aarau de 1915, ou de brûler toutes les résolutions de Zimmerwald et de Kienthal ?
12. Le camarade Greulich se place de plain-pied sur le terrain national, sur le terrain réformiste bourgeois, le terrain des grütliens. П s’obstine à vouloir ignorer le caractère impérialiste de la guerre actuelle, tout comme les liaisons impérialistes de la bourgeoisie suisse contemporaine. Il veut ignorer la division des socialistes du monde entier en social-patriotes et internationalistes révolutionnaires.
Il oublie qu’il n’existe en réalité pour le prolétariat suisse que deux voies :
La première : aider sa bourgeoisie nationale à s’armer, soutenir les mobilisations sous prétexte de détendre la neutralité et courir chaque jour le danger d’être entraîné dans la guerre impérialiste. En cas de « victoire» dans une telle guerre, endurer la famine, enregistrer 100 000 morts, entasser de nouveaux milliards de profits de guerre dans les poches de la bourgeoisie suisse, lui assurer à l’étranger de nouveaux investissements lucratifs de capitaux et subir un nouvel assujettissement financier à l’égard de ses «alliés» impérialistes, les grandes puissances.
La seconde: mener, en alliance étroite avec les minorités révolutionnaires internationalistes de toutes les grandes puissances, une lutte résolue contre tous les « gouvernements bourgeois », et avant tout contre le sien, n’accorder aucune confiance ni à son gouvernement bourgeois en général, ni à ses discours sur la protection de la neutralité, et inviter poliment les social-patriotes à passer avec armes et bagages à la Société de Grütli.
En cas de victoire, se libérer pour toujours de la vie chère, de la famine et des guerres, déclencher la révolution socialiste en commun avec les ouvriers français, allemands, etc. Les deux voies sont difficiles, toutes deux exigent des sacrifices,
Le prolétariat suisse doit savoir s’il veut faire ces sacrifices au profit de la bourgeoisie impérialiste de son pays et de l’une des coalitions des grandes puissances, ou bien pour libérer l’humanité du capitalisme, de la famine et des guerres.
Le prolétariat doit choisir.
Rédigé en allemand entre le 13 ei le 17 Conforme au manuscri (entre le 26 et le 30) janvier 1917
Publié le 31 janvier el le 1er février 1917, dans les n° 26 et 27 du journal «Volksrechts», Signé : — e —
Paru en russe pour la première fois en 1931, dans le Recueil Lénine XVII
Oeuvres complètes Lénine, tome 23, p.285
Si l’on admet que la guerre actuelle est une guerre impérialiste, c’est-à-dire une guerre entre deux grands гараces, dont l’enjeu est la domination et le pillage du monde, cela ne prouve pas encore qu’il faille répudier la défense de la patrie suisse. Nous autres, Suisses, défendons précisément notre neutralité; et nous occupons militairement nos frontières précisément pour éviter une participation à cette guerre de rapine !
Tel est le langage des social-patriotes, des grütliens du parti socialiste et en dehors de ses rangs. Cet argument se fonde sur les prémisses suivantes, tacitement acceptées ou subrepticement insinuées : La répétition, sans analyse critique, de ce que dit la bourgeoisie et de ce qu’elle doit dire pour garantir sa domination de classe. Une confiance totale dans la bourgeoisie, et une méfiance totale à l’égard du prolétariat.
La méconnaissance de la situation internationale réelle, et non imaginaire, qui résulte des rapports impérialistes entre tous les pays d’Europe et des « attaches » impérialistes de la classe capitaliste suisse. La bourgeoisie roumaine et la bourgeoisie bulgare n’ont elles pas, durant des mois, assuré le plus solennellement du monde que leurs préparatifs militaires n’avaient prétendument « d’autre but» que de défendre leur neutralité ?
Est-il des raisons sérieuses, scientifiques, de faire sur ce point une différence de principe entre ces bourgeoisies et la bourgeoisie suisse ? Evidemment pas ! Lorsqu’on indique qu’en Roumanie et en Bulgarie la bourgeoisie a des visées de conquête ou d’annexion, ce que l’on ne saurait dire de la bourgeoisie suisse, on ne peut certes pas considérer cela comme une différence de principe. Les intérêts impérialistes, comme chacun
sait, ne s’expriment pas seulement par des acquisitions territoriales, mais aussi par des acquisitions financières. Il ne faut pas perdre de vue que la bourgeoisie suisse exporte des capitaux évalués à 3 milliards de francs au moins et exploite donc d’une manière impérialiste des peuples retardataires. C’est un fait. C’est un fait également que le capital bancaire de la Suisse est intimement lié et enchevêtré à celui des grandes puissances, que la « Fremdenindustrie »*, etc., se présente comme une répartition permanente de la richesse impérialiste entre les grandes puissances et la Suisse. De plus, ce pays est infiniment plus développé au point de vue capitaliste que la Roumanie et la Bulgarie ; on ne peut absolument pas parler en Suisse d’un mouvement populaire « national» quelconque : cette époque historique est terminée depuis des siècles pour la Suisse, ce que l’on ne saurait dire d’aucun des deux pays balkaniques mentionnés ci-dessus.
Ainsi, il est normal qu’un bourgeois s’efforce d’insuffler au peuple, aux exploités, la confiance dans la bourgeoisie et qu’il cherche à masquer sous des formules appropriées la politique impérialiste réelle de « sa » bourgeoisie.
Tout autre devrait être l’attitude d’un socialiste : démasquer sans pitié, en ne tolérant aucune illusion, la politique véritable de «sa » bourgeoisie. La continuation de la politique de la bourgeoisie suisse consistant à vendre le peuple à telle ou telle coalition impérialiste serait beaucoup plus probable et beaucoup plus « naturelle » (c’est-à-dire plus conforme à la nature de cette bourgeoisie) que la défense de la démocratie, au vrai sens du terme, contre les intérêts capitalistes.
« À chacun son rôle » : que les grütliens, valets et agents de la bourgeoisie, trompent le peuple par des phrases sur la « défense de la neutralité ».
Quant aux socialistes qui luttent contre la bourgeoisie, ils doivent ouvrir les yeux du peuple sur le danger très réel, attesté par toute l’histoire de la politique bourgeoise en Suisse, le danger pour le peuple d’être vendu par « sa ргоpre » bourgeoisie |
Rédigé en allemand en janvier 1917. Conforme au manuscrit.
Publié pour la première fois en 1931 dans le Recueil Lénine XVII.
Suisse — de Caspar Oertli, Rédaction — 03. 09. 2026
Amérique latine — de Internationale Communiste Révolutionnaire — 17. 08. 2026
Femmes — de Sereina Weber, Berne — 21. 07. 2026