Le 14 juin cette année est une bombe politique. Trois des questions les plus brûlantes de notre époque se rencontrent. 

La votation populaire sur l’initiative UDC sur la Suisse à dix millions sera la plus polarisée de l’année. Au même moment, le 14 juin sera le point culminant de la mobilisation contre l’oppression des femmes et des personnes queers. Et le même jour, alors que les dirigeants des impérialistes occidentaux les plus puissants se retrouvent au sommet du G7 à Evian, toute la gauche romande mobilise pour une contre-manifestation à Genève. 

Ces trois événements reflètent la désintégration en cours du capitalisme, mais aussi la radicalisation de la classe ouvrière et de la jeunesse contre celle-ci : contre la guerre et l’impérialisme, contre l’oppression des femmes et le sexisme, le populisme de droite et le racisme. Même le soutien à l’UDC est l’expression déformée d’une colère contre les loyers et les primes maladie qui explosent, l’inflation et l’establishment politique déconnecté de la réalité. 

Toutes ces questions ont à leur base la même opposition fondamentale d’intérêts dans la société : ceux d’en bas contre ceux d’en haut, les pauvres contre les riches, la classe ouvrière contre la bourgeoisie. Toutes ces questions ont la même solution et requièrent le même programme et la même stratégie : la lutte des classes prolétarienne contre les capitalistes, jusqu’au renversement de la classe dirigeante. 

Classe contre classe

Les capitalistes peuvent paraître tout puissants. Ils contrôlent l’économie, l’État, les médias et les grands partis politiques. Pourtant, le sommet du G7 montre en premier lieu leur faiblesse et la faillite de leur système au complet.

La classe dirigeante est aujourd’hui une minuscule minorité de grands actionnaires, PDGs et banquiers, super-riches. De plus, elle est profondément divisée et, à cause de la concurrence capitaliste, se fait la guerre pour les profits, les matières premières et les sphères d’influences. Avec des années de crise capitaliste et de ses répercussions sur la classe ouvrière, les marionnettes politiques de la classe dirigeante sont profondément détestées. Il suffit de regarder les cotes de popularité abyssales de Trump, Macron, Merz et des autres criminels qui se retrouveront à Evian pour s’en convaincre. 

La classe ouvrière est, elle, l’écrasante majorité de la population. Elle ne possède aucune usine ni aucune banque. Elle doit vendre sa force de travail en échange d’un salaire pour survivre. Certaines couches de la classe ouvrière, notamment les femmes et les étrangers, sont, par dessus, opprimés à double voir à triple par ce système. Mais l’ensemble de cette classe a, objectivement, les mêmes intérêts fondamentaux. 

Cette classe n’a aucun intérêt aux guerres, aux pillages et aux oppressions. Inversément, elle a tout intérêt à une vie décente et en sécurité : alimentation, logement, bons systèmes éducatifs et de santé et relations interpersonnelles saines.

Par dessus tout, elle dispose, potentiellement, d’une formidable puissance. Par son travail quotidien, elle produit les profits et toutes les richesses du monde capitaliste. Aucune roue ne tourne sans son accord. Les capitalistes ne peuvent se passer des travailleurs, mais les travailleurs peuvent parfaitement s’en sortir sans capitalistes. 

Unité contre la division d’en haut

Rien ne fait plus peur à la classe dirigeante que la perspective que notre classe s’unisse et se rende collectivement compte de sa puissance. 

C’est pourquoi cette minuscule minorité détestée doit diviser la grande majorité selon toutes les lignes possibles : nationalité, couleur de peau, genre, orientation sexuelle. La classe dirigeante utilise la pénurie artificielle du capitalisme pour monter des couches de la classe ouvrière contre d’autres.Tant que nous nous battons pour quelques miettes, nous ne nous attaquons pas à ceux d’en haut. 

Pour défendre leurs profits, ils ruinent nos conditions de vie, provoquent des guerres et jettent des régions entières du monde dans la pauvreté. Ils perpétuent l’oppression des femmes et propagent quotidiennement le sexisme dans la société, tout en rejetant la faute pour tout cela sur les étrangers. 

Pour riposter, nous avons besoin de l’unité de toute la classe ouvrière dans la lutte contre les vrais responsables : les capitalistes. 

Le capitalisme a créé suffisamment de richesses pour offrir une vie décente à tous. Tous les vrais problèmes que l’UDC met en avant (loyers, primes, inflations, écoles, transports publics) peuvent être rapidement réglés. Toute pénurie est aujourd’hui artificielle. Elle est le produit de l’absurde irrationalité du capitalisme, dans lequel l’économie entière est entre les mains de quelques capitalistes qui poursuivent le profit plutôt que la satisfaction des besoins. 

Il n’y a qu’une solution : la classe ouvrière doit prendre le pouvoir et le contrôle des richesses en expropriant les capitalistes, afin de les utiliser pour le bien de la classe ouvrière et des pauvres. Autrement dit : il faut une révolution communiste.

La voie à suivre

Les communistes luttent pour chaque amélioration immédiate. Mais chaque pas doit aller dans une direction telle  que la classe ouvrière prenne elle-même le contrôle sur la société. 

Cette conclusion, qui est pourtant basique dans le marxisme, manque cruellement à la gauche actuelle. Du PS aux micro-collectifs anarchistes, personne ne voit la puissance de la classe ouvrière et donc le chemin vers l’avant. C’est pourquoi la gauche se noie aujourd’hui dans le pessimisme, qui malheureusement contamine aussi des jeunes et travailleurs honnêtes. 

L’absence complète d’une position de classe prolétarienne contre l’initiative UDC en est l’exemple le plus scandaleux. La gauche réformiste est complètement aveugle à ce qui est en jeu pour la classe ouvrière : les conditions de vie invivables dans la crise du capitalisme, qui produisent le sentiment (complètement correct) d’être abandonnés par les politiciens. Cela devrait être une aubaine pour la gauche, mais aux yeux des parlementaires du PS, la classe ouvrière est déjà perdue. Ceux-ci ne voient pas une force qui pourrait être gagnée à la lutte contre le capitalisme, mais, en grande majorité, une masse stupide qui va nous mener au fascisme. 

Dans ce contexte, la manifestation contre le G7 est une vraie lueur d’espoir. La mobilisation massive en soi est une avancée correcte, que nous soutenons entièrement. À cela s’ajoute qu’elle est explicitement dirigée contre le capitalisme et l’impérialisme, donc contre ceux qui nous dirigent, et appelle à l’unité et à la solidarité des travailleurs. Cependant, il manque ici le point central : le moteur de cette lutte, à savoir le rôle actif de la classe ouvrière, ses intérêts communs, la perspective de sa radicalisation et, par conséquent, la voie concrète à suivre pour gagner cette unité dans la lutte. 

L’unité de la classe ouvrière et la lutte des classes ne sont ni optionnelles ni une affabulation des marxistes. C’est le seul réel levier que nous avons dans la lutte contre l’oppression, la division et la guerre. Nous ne pouvons pas renverser les capitalistes et toutes leurs institutions dirigeantes en tant que femmes ou étrangers, mais seulement unis en tant que classe. Ce n’est que de cette manière que nous pouvons frapper les capitalistes là où cela leur fera mal, là où se trouve leur véritable pouvoir. 

La perspective : lutte des classes et révolution

La période actuelle nous ouvre une opportunité historique. Le capitalisme a dépassé sa date de péremption et ne mène plus l’humanité vers l’avant. Le revers des horreurs qu’il produit est la transformation profonde qui s’opère dans la conscience de la classe ouvrière. 

L’arbitraire de Trump, la guerre contre l’Iran, le génocide palestinien, le scandale Epstein… La liste est longue. Chacun de ces coups de marteau radicalise une couche après l’autre de la classe ouvrière contre la classe dirigeante. Le sentiment grandit partout que toutes ces questions sont liées et nous sommes dirigés par une classe d’Epsteins pédophiles, corrompus et détachés de la réalité, pour lesquels nos vies importent peu. 

L’institut de recherche gfs.bern le dit clairement : « l’ambiance en Suisse bascule : plus de la moitié de la population trouve les conditions sociales injustes ». Le travail ne garantit plus le bien-être, l’argent décide et « la politique défend les intérêts de l’économie, pas des petites gens ». 

Ce sont des lignes de classes objectives qui font leur chemin dans la conscience : nous ne sommes pas du même bord que ces élites. Il n’y a pas encore de conscience révolutionnaire dans de larges masses, mais nous ne devons pas sous-estimer la profondeur de la colère qui existe déjà contre le statu quo, ainsi que la direction dans laquelle elle pousse. 

La vie sous le capitalisme ne deviendra pas meilleure. La classe ouvrière cherche une solution. Cela prépare, en Suisse et partout, la base pour une augmentation de la lutte des classes et en fin de compte pour des révolutions. 

Il ne manque qu’une chose : un parti révolutionnaire de masse, basé sur un programme de classe, qui puisse donner une expression consciente à cette colère et diriger notre classe à la victoire. C’est ce parti que nous devons construire. 

La Suisse n’est qu’un maillon dans la chaîne de la révolution mondiale. Notre regard, notre programme et notre lutte doivent être internationaux. 

Nous sommes fiers de poser les fondements de ce parti dans le cadre d’un parti mondial. L’Internationale Communiste Révolutionnaire se bat dans plus de 70 pays sur tous les continents avec, partout, les mêmes idées et le même objectif : le renversement du capitalisme de notre vivant et la libération de l’humanité de la guerre, de l’exploitation et de l’oppression.